• 508 LA REVUE SOCIALISTE REVUE DES LIVRES Richard Wagner, poète et penseur, par M.-H. L1cHTENBERGERp,rofesseur à la Faculté des lettres de Nancy (ze édit., revue. Alcan édit., 1898). - Le gros YOlume de M. Lichtenberger, dont la première édition a été épuisée par un succès qui accueille rarement les livres de philosophie est, sans exagération, le plus beau monument élevé par la critique française au maître de Bayreuth. A la première pt'.riode - la période héroïque, celle d'avant la guerre - du wagnérisme français, aux enthousiasmes de néophytes de Chamfleury, de Baudelaire, de Th. Gautier, succéda, comme on sait, une ère de silence, pendant laquelle le nom seul de ·wagner faisait sourire; ptiis avec Pasdeloup, - Colonne, Lamoureux, les concerts populaires vainquant peu à peu l'indifférence générale, ce fut sous les auspices de MM. Mendès et Schuré un déluge de publications de toute nature (écrites quelquefois dans quel français!) qui . submergea l'œuvre wagnérienne. Plus tard, il y eut la courageuse Revue wagnériemre, de M. Édouard Dujardin. En 1888, M. Adolphe Jullien publiait son beau volume biographique, un peu démodé et trouvé trop superfi.:iel aujourd'hui. Enfin, plus près de nous, Alfred Ernst entreprenait une importante étude que la mort l'a prématurément empêché de terminer : l'Œ11vre poétique et l'Œuvre musical de R. TVagner. Avec celui-ci, on entrait enfin dans un examen rigoureux, scientifique des œuvres, de toutes les œuvres de Wagner. En lisant le livre d'Ernst, on voit tout de suite que celui qui l'a fait a lu les Gesatmnelte schriften 1111d Dichtu11gm en entier. M. Lichtenberger a fait de même; et je crains bien - Ernst étant mort - qu'il ne soit le seul homme de France qui, se mêlant d'étudier Wagner, ait lu tout ce qu'il a écrit. Cela déjà est un rare mérite, puisque, à part la valeur de deux volumes environ, on ne peut lire ·wagner qu'en allemand. M. Lichtenberger a considéré non seulement \,Vagner comme un musicien, voire même un poète-musicien, il a encore vu en lui ce qu'on doit y voir dès qu'on ne le considt:re pas du point de vue d'un abonné de l'Opéra; un philosophe et un esthéticien <lepremier ordre, un artiste surhumain qui a rêvé un art nouveau et a eu dans les dernières années de sa vie l'extraordinaire bonheur de pouvoir réaliser ce qu'il avait créé. La biographie si attachante de \,Vagner est sobrement retracée par l'historien-philosophe; elle sert seulement comme d'un carn:vas, à l'histoire de la pensée et de la philosophie de Vvagner. Depuis son enfance uous suivons le maître dans toutes les péripéties de son existence mouvementée; coupée en
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==