La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

492 LA REVUE SOCIALISTE Peu à peu ses lettres exquises, devenues presque maternelles et pleines de conseils pour les autres, devinrent plus rares. Sa derniére, en février, ctait .navrante. Elle nous demandait la permission de ne plus ecrirc pendant quelque temps, afin d'cviter toute fatigue, c'est-adire de raccourc\r sa conYalescence. D'ailleurs, affirmait-elle, « je rentrerai à Paris au plus tard en mai ... >> Aujourd'hui elle est enterrée à Arcachon, où elle a succombé, le 2r mars. Vers la fin de la nuit elle se réveilla; et, pour ne pas déranger son excellente gouvernante et amie Mme Marcel qui reposait, tout en la sun·eillant, elle voulut allumer elle-même sa lampe puis, fait inusité, toutes les bougies de sa chambre. MmeMarcel la força a se recoucher et lui donna le Balzac qu'elle demandait. Tout à coup, elle posa son livre, appela Mme Marcel et s'éteignit subitement en l'embra.:;sant. Le repos éternel était venu pour celle qui ne s'était jamais reposce. Comme nous ne saurions mieux dire, ni avec plus d'émotion, nous reproduisons l'article qui a été consacré à notre pauvre amie par Mlle Marie BonncYial, dans la Fro11de: ..... Tous les militants salueront respectueusement cette vaillante. Ses amis intimes la pleurent amèrement, car c'était une amie. Seuls, ceux qui l'ont connue de près peuvent dire les trésors d'affection, de dévouement, que renfermait ce cœur de femme. Quelle éloquente réponse de telles natures font aux malveillants ou aux sots, qui pensent que la femme cesse d'être femme quand elle entend dire son mot sur les questions d'intérêt général! Quelle belle et vivante démonstration de ce que sera la femme de l'avenir! Aline Valette, en effet, dans sa personne, dans sa mise, dans la tenue de sa maison, dans les soins si intelligemment doux, si fermement maternels donnés à s~s deux fils,_qui seront des ho111111es, et par elle, a été femme et mère dans la plus gracieuse '!t la plus haute acception du mot. Généreuse par tempérament et par principe, elle avait la passion de la propagande. A une de ses amies, elle disait un jour : « que tu es heureuse de pouvoir parler en public! » ) Et comme l'amie lui répondit : « Essayez. Dites simplement ce que vous pensez, sans autre préoccupation que l'idée de faire passer votre conviction aux autres », elle essaya, réussit, et, he11reuse de se sentir apôtre par la parole· comme par la plume, elle alla porter la bonne parole partout où les besoins de la propagande lui en faisaient un devoir. A Lille, à Roubaix, à Châtellerault, à Romilly, elle alla préconiser l'idée d'union, montrer à l'horizon prochain l'affranchissement des exploités par le groupement syndical.

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