La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

L'ACCORD FRA:\'CO-ITALIE~ 37 leurs rivaux qui les ont supplantés chez nous, et les progrés de notre viticulture, à défaut du nouveau relévement des droits sur les vins, leur défendraient de nourrir de trop vastes espoirs. Mais, quoi qu'il en soit, et tout bien pesé, l'accord du mois dernier constituera un stimulant énergique à l'industrie et au commerce des deux pays; il mcrite en même temps d'être considéré comme une atteinte sensible, sinon au principe protectionniste, du moins au protectionnisme prohibitif, qui avait fini par acquérir droit <le cité dans tant d'États européens. * * * C'est surtout à la valeur politique de la convention qu'on s'est de prime abord attaché. Elle ne marque pas moins, en effet, un change- •ment d'orientâtion de la part de l'Italie, qu'une capitulation de la dynastie de Savoie devant les menaces et la fermentation populaires. La rupture douaniére de 1886-1887, voulue par Crispi, était la consécration de l'cvolution suivie depuis 1882, ou plutôt depuis 187 3, par le gouvernement du Quirinal. Les hommes dirigeants de la Péninsule avaient estimé que l'adhésion de l'Italie :i la Triplice, au lendemain <les affaires de Tunisie, se conciliait mal avec l'entretien de bonnes relations commerciales avec la France. De quelles provocations a été faite l'histoire des dix années <'.:coulées; quelles perfides insinuations la Rifor111a, la Trib1111a, tous les journaux i la solde de la Consulta, ont déversées sur nous, comment ils se sont ingéniés à surexciter le sentiment national contre de prétendues veÜéités criminelles du cabinet de Paris, point n'est besoin de le rappeler, et si nous évoquons ces souvenirs cursifs, ce n'est certes pas pour réveiller des haines éteintes, pour attiser les derniers brandons d'hostilité, c'est plutôt pour nous féliciter du progrés accompli, du chemin parcouru. Des paroles décisives ont été prononcées à la fin de décembre à . Monte-Citorio par M. Canevaro, au Palais-Bourbon par l\L Delcassé; ni le ministre italien ni le ministre français ne sont de nos amis; nous saluons cependant avec joie les déclarations qu'ils ont faites, les protestations de sympathies qu'ils ont portées à la tribune, comme pour répondre à un sentiment latent et profond des foules, et pour signifier l'étendue du changement consomme. L'adhésion <le la Péninsule à l'alliance austro-allemande, sa rupture avec la France étaient l'œuvre de la monarchie italiè1111e.Humbert! avait saisi des prétextes, repris des litiges morts, pour tromper l'esprit public, l'accoutumer à un systéme nouveau, et arracher aL:x représentants d'énormes crédits militaires. Nous n'avons pas l'intention, ici, en ces courtes lignes, de reprendre l'histoire intérieure de

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==