La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

374 LA HE\TE SOCIAI.ISTE chic.rnerais ,·olontiers l'auteur sur ses néologismes, pas toujours heureux comme forme et comme appropriation, mais je pri'.:fère passer sur ce détail en faveur de l'intérêt poignant qu'il a su donner aux douleurs et aux vilenies monotones autant que répugnantes du triste milieu dans lequel il nous conduit. Ce li\'rC d'observation minutieuse justifie l'épigraphe d'Anatole France : « La caserne est une invention hideuse des temps modernes. » Les joies même, il la caserne, sont pires que les douleurs, et, je le dis sans paradoxe, en écri- ,•,111t son li\Tc n.wrant, M'. Albert Lan toi ne a fait œuvre de bon patriote. E. F. lnterrupta, par Paul Gu1cou (Librairie Pion). - C'est avec émotion que je rouvre cc livre, où se trOu\'Cllt rassemblés par des mains pieuses d'amis et d'admirateurs, c'est tout un, les meilleurs poèmes et morceaux de prose sortis de la plume, si tôt brisée, de Paul Guigou. J'éprou,·e un remords d'apporter ~i tard sur la tombe de cet ami éclairé, de ce confident discret de mes meilleures pensées en germe, mon tribut d'admiration et de regrets. Kon, il relire cc livre, je ne m'en dédis pas: celui qui a écrit ccspagescùt conquis k pn.:micr rang. Il fut un grand écri\'ain, ct il ne vivra pas seulement dans la pcnséc de ceux qui l'ont connu et aimé. La Catbédrafr 111cn•cillr11se, 111 ,\!,1110rin111, la Pairie r/11e, sont des poémcs parfaits, où chantent, en souvenirs et en espoirs, les plus nobles pensées qui aient ému l'ùme humaine. Écoutez ce (rngmcnt de la Pairie r/111', et dcmandez-,·ous si celui qui trou\'a de tels accents ne mérite point de vivre autant que la langue française. Enfin ce château meryeilleux et sombre, Bâti de jais noir et de marbre vert, Empli de splendeur, de silence et d'ombre, Aux balcons dorés ou\'erts sur l:i mer, U 11 \'ieux roi, pensif et tendre, s'y traîi:c Dont les yeux sont lourds d'ans et de secrets. Au balcon renflé comme une carene Il s'accoude et songe, i\'rC de regrets. li s'en "a, s:en vient, il dort, il s'éveille, 1vre de la mer et de regretter, Et s:1 lente vi<:est toujours pareille, Et l.1 mort est lente à le visiter. Un jongleur lui chante un trés doux poi:m<t Parlant d'une coupe en or ciselé. !:tait-ce en Hongrie? Etait-ce- en Bohème? Peut-être au pays du roi de Thulé? Terre du désir, 6 vngue patrie! Est-ce un SOU\'enir? Est-ce un idéal? J'en ai tant rêvé que l':imc est meurtrie. l:tait-ce Elseneur? Etait-ce Fingal? Était-ce en Bohème? Etait-ce en Hongrie? La caractfristique de Paul Guigou fut une mélancolique et noble 'Sérénité. li sait la mort sur lui, mais elle ne lui cause nul bas effroi. Il voit en elle un

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