372 U RE\"L:E SOClALISTE REVUE DES LIVRES L'Éducation des sentiments, par P.-FÉL1x THOMAS, professeur de philosophie au lycée de \'ersailles, 1 vol. in-8°, Bibl. phi!. contemp., Félix Alcan, Paris. - On a proclamé un peu bruyamment la « faillite de la science », à laquelle on reproche de ne donner à l'homme ni le bonheur ni la Yertu. 11 est certain que « l'instruction qui n'aboutit pas à une éducation est plus dangereuse qu'utile à l'ordre social » (1), et nous voyons de to:1s côtés les effets désastreux de l' « Intellectualisme )) qui est devenu la pr0occupation trop exclusive depuis le Discours rnr la Mélhode et les Méditatio11s de Descartes. Mais tout cela est beaucoup moins la faute de la science que l'effet d'une compréhension insuffisante ou <l'une application mal comprise de ce qu'elle enseigne, principalement en ce qui concerne « les lois essentielles de la vie et de la santé, lois qu'on ne méprise jamais impunément)) (p. 65). Pour l'auteur,· et nous sommes heureux de nous rencontrer avec lui, c'est méconnaître les lois de la santé morale et intellectuelle que s'occuper trop exclusivement de la culture intellectuelle en négligeant la culture du sentiment, ou plutôt de la sensibilité, comme nous aurions préféré le voir dire. L'observation, la statistique, les recherches et les documents de toutes sortes qui s'accumulent tous les jours et dans tous les pays sur les méthodes d'enseignement et d'éducation, sur leurs résultats comparatifs, établissent en effet, d'une façon de plus en plus claire, la nécessité primordiale de cultiver non seulement toutes les branches du savoir humain, mais toutes les manifestations de l'activité psychique, afin de donner à chacune sa juste place et son rôle dans le jeu de l'organisme moral tout entier. Peut-être l'auteur aurait-il gagné à s'appuyer un peu pl,us sur les données toutes nouvelles de la psychologie expérimentale, pour montrer que l' ccintellectualisme» ne peut donner tous les résultats utiles et sains dont il est susceptible qu'à la condition d'être né, d'é111a1,erd'une ccsensibilité)) normalement et sainement développée. Sans doute la raison pure a ses lois propres et son ràle spécial, mais, en rblité, quand il s'agit de la Yic pratique, de notre vie à tous, son domaine n'est-il pas singulièrement rétréci à côté de celui du sentiment : « le cœur a ses raisons que la raison ne comprend pas >). Ne savons-nous pas aujourd'hui que les troubles si Yariés de la semibilité, les anesthésies ou les hyperesthésies, les perversions et les aberrations, les phobies et les manies, les délires et les hallucinations, résultant non seulement de l'hérédité, mais encore et même plutôt d'accidents, de négligence ou d'un défaut de dressagede la seusibilité, se (1) Léon Bourg~oii;.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==