La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

36..J- LA REVUE SOCIALISTE du travail d,rns l:t culture à cette époque de l'année, erra a l'aventure, implorant parfois, dans son abandon, la charité publique; Que, d.111sces circonstances, il encourut trois légcres condamnations pour mendicitc et v.1g.1bondage,délits similaires et tout à fait dépourvus de criminalitc; BONNE VOLONTi DU PRéVENU Attendu que cette existence mouvementée dure depuis environ quinze mois, mais que, pendant le laps de temps qui sépare les minimes condamnations prononcées contre lui, dont aucune pour improbité, on constate qu'il a fait de sérieux efforts, tant en France qu'en Belgique, pour se procurer du travail; qu'il en a trouvé même assez souvent, et s'est h:\té d'en profiter, quelque minime qu'en ait été le salaire; Que s'il n'est pas noté comme un ou nier très .:ourageux, il ne faut pas perdre de yue que les nombreuses privations qu'il subissait n'étaient pas faites pour lui donner une bien grande vigueur physique; Que ce reproche ne lui est d'ailleurs adressé que par les patrons qui ne le payaient pas, les autres déclarant au contraire qu'il leur a donné satisfaction; Qu'on ne saurait en outre avoir la prétention d'exiger d'un adolescent, presque un enfant, il peine rémunéré en raison de sa misère, la même énergie dans le travail que de la part d'un homme fait; Attendu que c'est dans ces conditions que C ... , sans travail, presque sans vêtements et dans l'impos~ibilité de pouvoir compter sur le secours des siens, a demandé et obtenu, a la Ferté-Milon, un morceau de pain; Qu'à raison de ce fait, il est poursuivi pour mendicité, le département de l'Aisne possédant un établissement destiné il y obvier; L'A~SISTANCE INSUFFISANTE Attendu sur ce point, que l'établissement dont il s'agit est affecté, d'après les ren• seignements officiels, à huit départements; qu'il contient seulement sept cent seize places toutes occupées actuellement, alors qu'il existe dans l'étendue de sa circonscription un nombre infiniment supérieur d'indigents obligés de recourir à la mendicité; Que sa population se compose de vieillards, de mendiants, atteints d'infirmités de toutes les c,1tégories, d'idiots, à concurrence de six cent Yingt-six; de soixante-douze mendiants reçus à la suite de condamnations et de dix-huit enfants au-dessous de quinze ans; Qu'il ne reçoit aucune personne valide réduite momentanément à l'indigence par manque de travai 1; Attendu que malgré son utilité incontestable et les louables efforts de l'administration, cet établissement, à raison de son exiguïté, ne répond ni aux nécessités, ni aux exigences de la sitt,ation; Que, du reste, pour s'y faire i1dmettre, l'indigent doit non seulement faire une demande, mais encore obtenir l'intervention de sa famille ou de sa commune, de qui on exige l'engagement de participer aux frais d'entretien; Qu'il était impossible à C ... , comme a la plupart des indigents cherch::nt du travail loin de leur pays d'origine, de fournir de semblables justifications; Qu'eùt-il été it même de les produire, il lui fallait, tout au moins, se procurer à n:anger en attendant la décision administrative, toujours longue à venir, malgré l'activité qu'on peut apporter a la prendre; Qu'il y a donc lieu de décider que l'établissement existant à Montreuil-sous-Laon, dans le département de l'Aisne, pour obvier à la mendicité, non seulement dans ce département, mais dans b11it autres, est absolument insuffisant pour satisfaire au vœu de la loi; Que cette constatation suffirait à elle seule pour amener la relaxe du prévenu; LES DEVOIRS DE LA SOCIÉTÉ Attendu qu'en effet, la société dont le premier devoir est de venir en aide à ceux de ses membres réellement malheureux, est particuli.:rement mal venue à requérir contre l'un d'eux l'application d'une loi édictée par elle-même et qui, si elle s'y fût

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