LA REVUE SOCIALISTE affaires etràngl'.:rcs, le message de la Reine au Parlement, et les explications de Salisbury et de Balfour qui ont suivi, ont rétabli le calme des esprits et la courtoisie des pourparlers; la crise grave que toute la civilisation redoutait est momentanemcnt conjurée, mais qui pourrait dire si d'ici six ou huit mois une autre crise plus sérieuse encore ne surgira pas, et si l'impérialisme anglo-saxon, allant plus loin que cet hiYer, dans ses \'elléités de conquête et ses convoitises territoriales, ne rendra pas inevitable la guerre aujourd'hui préYenue? Nous aurons à determincr plus loin l'essence même, lesraisons profondes de l'impérialisme, et peut-être alors saisira-t-on plus nettement le péril permanentd'orage qu'il recèle en lui. D'un seul mot, nous pou\'ons résumer nos appn'.:- hensions. Au banquet de Guildhall, à la fin de 1898, lord Salisbury vint à parler incidemment du protectorat d'Egypte, non pour le préconiser, mais au contraire pour l'écarter. L'assistance fort nombreuse applaudit d'abord avec frénésie, croyant que le premier ministre allait proclamer le grand changement tant attendu des Jingoës; lorsqu'au contraire, en quelques mots, il en montra les inconvénients, l'auditoire marqua une froideur assez rare en pareilles solennités. Imaginez que demain, aprés-demain, l'Angleterre substitue à sa suzeraine_té de fait sur k Delta une suzeraineté de nom et de droit, la guerre serat-elle, cette fois encore, éYitée, et la France, la Russie, peut-être l'Allemagne ne mobiliseront-clics pas sur le champ? Un coup de tête du chau\'inisme britannique risque toujours de bouleverser la paix boiteuse que l'Europe maintient aYec tant de peine, et par tant d'expédients. li est l'élément fondamental de perturbation dans une période d'histoire où l'on ne peut jamais être sùr du lendemain, Yoire même de l'heure présente. * * 1< L'impérialisme n'est pas l'arme, l'instrument de triomphe d'un parti britannique; il est autrement profond, stable, partagé, que les nationalismes du Continent, ceux de France et d'Autriche par exemple. 11 n'a de commun a\'ec ceux-ci que la coïncidence des temps. Il a pcnétrl.!, et presque a doses égales, tous les partis actuellement représentés dans les deux Chambres de \Vestrninster. La doctrine de l'expansion exotique indéfinie a saisi, entrainé les libéraux comme les conservateurs, les radicaux comme les unionistes. Le nouveau leader de l'opposition aux Communes, M. Campbell Banncran est un impérialiste, au ml'.:mc titre que les lords Kimberley et Rosebery qui affirment les mêmes opinions politiques à la Haute Assemblée, et que lord Salisbury ou M. Balfour, ou M. Chamberlain, les têtes du cabinet au pouvoir. M. Charles Dilke, dcputé radical d'une circonscription miniére,
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