260 LA REVUE SOCIALISTE sation qu'il a été chercher à Bruxelles, au début de fc,Tier, lors de son voyage en Europe. Les Yisées du Royaume-Uni et de ses hommes dirigeants sur !'Extrême-Orient ne sont pas moins amples. Il y a, à \Vestrninster, à côté d'un parti africaniste, un « Far East Party», qui s'est donné, pour programme, la conquête et l'assimilation progrcssiYe du Céleste Empire. C'est par plusieurs côtés à la fois qu'on attaquera cette masse énorme; d'abord par Wei-Haï-Wei sur le Petchili, que lord Salisbury a réclamé et obtenu peu de temps après l'occupation de Port-Arthur par les Russes et de Kiao-Tchéou par les Allemands. - Plus au sud, les comptoirs <le Hong-Kong et de Shangai permettront de diriger de multiples entreprises, et sur Canton et sur l'énorme Yallée du YangTsé-Kiang, gue la Cour de Pékin s'est engagée à ne livrer à aucun autre peuple, et que la Gr,rnde-Bretagne considère comme sa future sphère d'action; enfin la Birmanie peut ser\'ir de base d'opérations contre les riches proYinces du Yunnan et de Sé-Tchouan, où l'on accéde par des vallées relativement faciles. La nomination de 1'1. Curzon, un impérialiste convaincu, à la Yice-royautè des Indes, révcle très nettement les plans du cabinet de Saint-James; on peut compter que cc puissant fonctionnaire ne négligera rien pour devancer la France dans la Chine meridionale cl pour pousser le chemin de fer de Mand,1lay sur le Yunnan. Si forte gue soit la position des Russes dans le nord de \'Empire, l'Angleterre a l'avantage de l'enserrer sur toutes les faces. Et si, comme il est à prévoir, le pays des Célestes est dépece au début du siècle prochain, c'est encore la Grande-Bretagne qui en arrachera le plus large et le plus opulent morceau. A côté de la tàche africaine presque consommée, l'œuvre asiatique du Foreign-Office fait déjà bonne figure, et l'heure où il annexera quelques dizaines de millions de Chinois - ou davantage - n'est peut-être pas si eloignée que d'aucuns Yculent bien le dire. Cette expansion dévorante a mis l'Angleterre en contact, en conflit avec plusieurs grandes puissances. Le jingoïsme en est arriYé à considérer une guerre - ou même une conflagration générale - comme une éventualité désirable, sinon nécessaire. Faisant irruption dans les sphères officielks et jusque dans les conseils de gouvernement, il a imposé à la diplomatie un abandon total des traditions, une extraordinaire désinvolture de procédés, des allures qui n'avaient jamais encore été de mise dans les relations d'État à État. Tour à tour le Royaume-Uni a failli engager une lutte armée ayec les quatre grands pays que leur propre extension matérielle et morale poussait contre ses intérêts. Les mesures gue le Foreign-Office a prises, il y a quelque quatre ans, à l'adresse du Vénézuela, provoquèrent un ultimatum de la chancellerie de \Vashington. Plus tard, l'in\'asion du
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