LA CRISE DE L'ENSEIGNEMENT 199 LA CRISE DE L'ENSEIGNEMENT D'abord y a-t-il une crise de l'enseignement? Et, s'il y en a une, ou gît-elle ? Crise de l'enseignement supérieur? Ce mot n'a· pas de sens. Faillite de la science est ridicule. De l'enseignement primaire ? La vigoureuse poussée de cet enseignement est la gloire de la troisième République. De l'enseignement secondaire? Voilà le point. Traduisons donc crise de l'enseignement secondaire et le champ de la discussion sera délimité du coup. Ce sont, si je ne me trompe, les rapports de M. Bouge, qui ont inventé cette crise. Quand on veut noyer un chien, on l'accuse de rage. Quand on veut tuer un enseignement, on déclare qu'il est en crise. Matériellement, on produit des statistiques. On constate que la clientèle des lycées et collèges diminue, que celle des établissements libres augmente. Mais n'est-il pas étrange que des députés, des ministres, se plaignent amèrement d'un état de choses qu'ils entretiennent? Je favorise des concurrents, dont le sort est entre mes mains, et je m'étonne qu'ils prospèrent. Bizarre ! Moralement, on avance des faits plus ou moins prouvés : la corruption, indéniable, de l'internat universitaire à laquelle on oppose l'innocence, problématique, des établissements libres, le manque de conscience et d'intérêt apporté aux études par les professeurs de l'université, et l'inverse de l'autre côté, l'i~stabilité des méthodes universitaires, en quête de mieux, et en mal d'avenir, en face de la pérennité des méthodes adverses, esclaves de la tradition. Enfin, d'un point de vue supérieur, on déclare que l'enseignement d'une science et d'une morale indépendantes des religions positives, et même de. ]a religion naturelle, est fatalement inférieur à l'enseignement d'une science et d'une morale pénétrées de dogme. M. O. Gréard a répondu, entre autres, au premier point. Les statistiques ne sont pas désolantes. Des hausses et des baisses momentanées dans la clientcle des lycées et collèges ne constituent pas une crise. Il n'y a crise que lorsque la baisse est constante, précipitée, tendant invinciblement à zéro. Ce n'est pas le cas.
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