La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

1ïl LA REVUE SOCIALISTE de problèmes pratiques. li doit résoudre chaque jour une question donnée. P,1r suite, il se prépare à discerner ce qui est modifiable de ce qui ne l'est pas, cc qui est imputable aux hommes et cc qui est dù aux forces supérieures à l'homme. Cette profonde transformation intellectuelle et morak est pn:cisément ce qui rions garantit que la classe ou,ï·iérc saura atteindre sa propre émancipation a\'CC le minimum de souffrance pour elle et pour les autres. Marx, ici encore, a trop passé par dessus la base humaine des phénomènes économiques. Que le n'.:gime capitaliste doin:, à un certain stade, par le dé\'cloppement logique de ses pn:misscs, laisser place à un système de production radicalement différent, c'est indeniable. Mais cela ne préjuge rien sur la façon dont cette transiormation se fera. Cette façon depcndra précisément des conditions intellectuelles et morales des deux classes ad,·crses. Si les dissentiments matériels ne sont pas corrigés par l'action d'une lutte à armes courtoises le conflit sera gros de souffrances. Dans le cas contraire il se produira seulement cette somme de douleurs inséparable de tout enfantement physiologique. Nous ne pou.! ,·ons encore prévoir ce gui ad viendra des régimes économiques arri<'.:rés, des r<'.:gimesde l'Espagne, de l'Italie, de la France même, où la grande industrie n'a pas encore pu dé,·eloppcrtoutcs ses ressources pacificatrices. Mais il est certain que, dans les pays les plus a\'ancés, dans les rég.imes sociaux de l'Angleterre, des États-Cnis, de l'Australie, le passage sera lent et tranquille. L'économie capitaliste se pr<'.:senteainsi comme une évolution gui, dé\'eloppant des conditions matérielles fayorables à la classe trav,1illcusc et provoquant en conséquence une profonde modification intellectuelle et morale, opérera la plus merveilleuse des transformations sociales avec un minimum de souffrances. L'économie capitaliste, se creusant à elle-même une tombe (tombe honorable et fossoyeurs intelligents) trou,·e son symbole dans le pélican de la légende qui nourrit ses petits aYcc le sang de sa poitrine, tant que ceux-ci, devenus plu~ forts et n'ayant plus besoin de leur père, le tuent et s'en déchargent comme d'un embarras à leurs migrations vers de nouveaux continents. » N'est-il pas vrai, sans doute, que les socialistes dewaient méditer sérieusement et profondément ce liHc original et suggestif de Graziadei ? C'est l'ayant-coureur d'un mouYcmcnt dans l'opinion socialiste, ,·ers une contemplation plus paisible et plus sereine des phénomènes de l'économie contemporaine. Il trace les grandes lignes thforiqucs du nouYeau programme auquel les socialistes devront se conformer dans leur action pratique économique et politique. La France et l'Italie presentcnt au curieux des choses économiques et sociales le spectacle d'un mouvement socialiste inspiré d'idées aujourd'hui Yieillcs, représentants fossiles d'une époque où dans l'industrie

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