LA RE\'CE SOCIALISTE Nous n'avons que peu de chose à dire ici de la première partie. Lai$sant de côté les questions tout à fait ~ubsidiaires de l'extension universitaire, des conseils, du baccafauréat, des fournitures et des programmes, elle est, en somme, consacrée tout entière aux profits dë mutualité syndicale. Il est assez piquant de constater que des professeurs de mathématique, de chimie, de belles-lettres (dont aucun n'est ni conseiller municipal, ni député, ni même sénateur) aient élaboré des articles de loi définitifs auxquels je défie (le principe admis) de rien ajouter ni retrancher. C'est du mutualisme: cela est tout à fait conforme aux dernières déclarations de M. Méline. Ce qui nous interdit d'en parler longuement, c'est que la Revue Socialiste a toujours été peu favorable, avec raison, au mutualisme, tel qu'il fonctionne au Creusot, à la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée, tel qu'il fonctionnera demain à l'Université frrwçbise, désormais distincte de l'Université de France. Le socialisme d'État (Université de France) nous paraît supérieu1;e, malgré ses défauts, au mutualisme de classe. Nous acceptons difficilement cette classe définie de citoyens, qui s'appelle les professeurs. Qu'ils le \'euillent ou non, les professeurs de l'enseignement secondaire ( les qissidents mis à part) ont déclaré la g'uerre à l'État. Ils en reviendront. On ne quitte pas ainsi de gaieté de cœur une place forte, même provisoirement démantelée. Je m'exprimerai plus brutalement : Quand on est budgétivore (employé de la Nation, fonctionnaire est mal porté) on reste budgétivore, on 11':1 que faire du mutualisme. Les professeurs croient se faire rois, je crois qu'ils abdiquent. Une caisse nationale est plus riche qu'une caisse de secours mutuels. Ni vrais fonctionnaires, ni nais syndiqués (je ne vois pas de secours ,rnxgrévistes dans les statuts). Alors quoi? Je cherche et ne trouve pas. Ou plutôt je trouve une sorte de loterie et presque de tontine. On y allongera sa mise, comme à une table de baccara où le banquier est honnête, voilà tout. Les relativement riches seuls ponteront. Le principe de l'assurance obligatoire et nationale est abandonné. C'est très libéral, c'est très bourgeois, ce n'est pas du tout socialiste. C'est le meilleur éloge qu'on puisse faire de nous, diront les professeurs de l'enseignement secondaire. Soit, éloge ou blàme, c'est du moins une constatation. Comme fonctionnaires, au sens strict ~t élevé du mot, vous démissionnez, du moins en partie : voilà un fait. Comme travailleurs, simples industriels ou commerçants, vous n'allez pas même à michemin de vos droits les moins contestés, voilà un autre fait. Vous n'êtes ni, dès serviteurs soumis de l'État, ni de véritables ïévoltés. Vous espérez devenir des façons de capitalistes, espèce de sociétés anonymes. Je vous prédis que vous ne soulagerez aucune misère et que vous dépenserez (ou dilapiderez) vos fonds en passe-droits. Est-ce que ce n'est pas le sort fatal de toutes les sociétés de secours mutuel qui ne s'élargissent pas iusqu'à devenir (telles les vieilles trade-1111io11s) de vrais syndicats, avec une action politique et un but non déguisé de lutte sociale? La seconde partie du volume, moins sujette à discussion puisqu'elle est purement historique et documentaire, est intéressante et même amusante. Nos ministres de l'instruction publique y sont plutôt caricaturés (de leur propre main). P. B.
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