La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

REVUE POI.IT!Qt.: E 751 de s'ayouer à eux-mêmes qu'ils ont été trompés par l'état-major et qu'ils doivent à l'avenir réserver leur confiance et ne plus croire sur parole. Mais ils seront obligés de s'avouer aussi qu'ils ont étc.':eux.- mêmes les complices de cette erreur : ils ont longtemps résisté, par esprit de corp·s, par orgueil de caste, à la vérité, parce qu'elle ébranlait une sorte d'infaillibilité collective ou ils se faisaient inconsciemment une part. Et alors, ou il faudra qu'ils prennent dc.':cidément leur parti de cet esprit de corps avec toutes les conséquences d'erreur et de honte qu'il entraîne, ou il faudra qu'ils redeYiennent de libres consciences et de libres esprits en brisant en eux le préjugé de caste et en s'unissant de pensée et de cœur à la nation républicaine soumise à la seule loi de la raison. L'esprit de corps les a conduits aux pieds de la statue d'Henry: s'ils n'y renoncent point, leur c;onscience est couchée à jamais dans une orniere de trahison, de mensonge et de crime. Apres cette crise, ou ils tomberont au plus bas en acceptant délibérément des solidarités infamantes et l'esprit de corps gui en est le principe, ou ils s'éléveront à un plus haut idéal de l'institution militaire. Aujourd'hui, la prudence, le silence imposé, le dépit aussi et la colére empêchent la plupart des officiers de se poser le problcme. Ils n'y cchapperont pas pourtant. Plusieurs d'entre eux ont songé à se venger sur la République des Yérités cruelles qui ont humilié quelques chefs. Mais ces desseins violents et funestes avorteront, et la conscience des officiers ne pourra Yivrc toujours à l'état de réYolte contre la raison et le droit. Et plus d'un parmi eux cdmprendra qu'à moins de descendre au niYeau d'Heriry et d'Esterhazy, il faut accepter 2 par dessus toute autre discipline, la noble discipline du vrai. Les crimes accumulés contre Dreyfus et contre le colonel Picquart sont si odieux qu'ils ont fini par soulever des réYoltes même dans les anciens partis qui sont 'pourtant, par tradition, tres respectueux de l'institution militaire. La belle protestation de M. HerYé de Kérohant, « royaliste, patriote et chrétien »,est un important symptôme. Les plus clairvoyants des conservateurs comprennent le tort. irréparable que leur fera la vérité enfin connue, et ils voudraient s'affranchir à temps de cette sorte de complicité morale aYec le crime. On devine même, au langage de certains catholiques, qu'ils voudraient que la Papauté, par une intervention généreuse et humaine au profit du juif, détournât vers elle le bénéfice du grand mouvement de conscience qui suivra les définitives révélations du vrai. C'est une chimére. Car la Papauté n'est plus capable de ces hautes initiatives. Elle est prisonniere elle-même du formidable mécanisme d'oppression dont elle est le rouage central et asservi. Etle n'a pas su, au moment des massacres arméniens, rompre avec les -intérêts capitalistes, alliés de l'Église et complices du Turc. Elle n'a pas pu, pendant cette affaire Dreyfus qui passionnait la cons- ,1

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