686 LA REVUE SOCIALISTE pacifique et que les congrès d'autrefois aient plus spécialement recommandé la rèYolution dans la rue? Le programme du Parti ouvrier français, formulé au Congrès de Paris en 1880, déclare que : <( l'émancipation sociale des travailleurs est inséparable de leur émancipation politique .... L'interYention politique devra se manifester par des candidature de classes. » Où est le changement? Où est la contradiction? A dix-huit ans . d'intervalle, nous retrouYons presque l'absolue identité des expressions. Reprenons maintenant les arguments que Reclus a produits contre nous dans la préface du Socialismee11dn11ger: <( Marx déclare que le pouvoir économique détermine la forme politique des sociétés ... et l'on affirme en son nom que le pouYoir économique depcndra d'une majorité de parti dans les assemblées politiques. » Nous cherchons Yainemcnt un antagonisme formel entre les deux parties de cette phrase. Marx n'a pas voulu dire que nccessaircmcnt la conquête de la puissance economiquc par le prolétariat précéderait son accession au pouvoir politique. Il a entendu simplement établir un parallélisme entre la prcdorninancc d'une classe dans le domaine économique et sa suprématie dans le domaine politique. Si .nous tàchons de conquérir la rnajoritc dans ks assemblées, c'est bien manifestement pour opérer au fur et à mesure des transformations cconomiques. Il est probable, il nous parait 111<'.:mcecrtain que le jour où, au Palais-Bourbon, les socialistes l'emporteront numériquement sur les antisocialistes de toutes catégories, la révolution économique se sera accomplie d'elle-même. La grande loi formulce par i\larx se vérifiera donc avec une parfaite rigueur. La thesc de Reclns ne serait légitime que si nous Youlions saisir des mandats uniquement pour goûter les douceurs du goun:rncment et non pour appliquer nos doctrines. Quant à l'autre partie de l'argumentation de Reclus, elle ne nous semble pas mieux fondée. « Marx proclame que l'État doit s'abolir lui-même, car l'essence du mal gît dans l'existence même de l'État ... et l'on se met directement à son ombre pour conquérir et diriger l'État. » lei encore, la contradiction n'est que spécieuse, et sa seule apparence s'effondre de,·ant deux lignes d'éclaircissements. Oui, nous Youlons abolir l'État, si par cc mot on entend l'instrument de la servitude, de l'écrasement d'une classe par une autre classe. Oui, nous Youlons aussi conquérir,. diriger cet État, mais si nous entendons le pénétrer de toutes parts, l'immobiliser temporairement entre nos mains, c'est exclusivement pour défaire par lui l'œuYre qu'il a faite depuis des sicclcs au détriment du prolétariat. Comme il a étc pour la
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