J. MICHELET (A PROPOS DE SON CENTENAIRE) 59 d'une société actuelle où suffit un programme minimum. Cc programme comp~rte au moins, l'internationalisme économique, le remaniement de la propriété, la petite aussi bien que la grande, de son vrai nom le collectivisme. Le socialisme idéal est absent de l'œuvre de Michelet, ou plutôt la société qu'il rêve est tellement idéale qu'elle en devient chimérique et, pourquoi ne pas oser le dire? puérile : les animaux doiYcnt y entrer. Michelet n'y entrera qu'a leur suite. Il le dit trés sérieusement et sans l'ombre d'ironie. En cela, il se sépare de Renan, qui parle toujours wm gra110salis, se moquant d'avance du monde pour éviter qu'on se moque de lui. Michelet est bouddhiste, métempsychosiste, mystique, comme le montre son beau livre: La Bible de l'Htmanité, tout, excepté socialiste. Il n'est pas nécessaire d'être socialiste pour être un parfait artiste, un écrivain de génie, et par dessus tout un grand cœur. A-t-il du moins les tendances socialistes qui correspondent au programme minimum des élections d'aujourd'hui? L'internationalisme économique lui est étranger; je ne dis pas qu'il lui fait horreur, il l'ignore. Il a un internationalisme poétiqûe dangereux. Il célébre le « nationalisme» italien, allemand, qui ont si gravement compromis la France jusqu'à l'amputer de deux provinces. Il est si peu collectiviste que, dans les pages les plus éloquentes du Peuple, il fait une apothéose de la petite propriété, apothéose douloureuse, il est vrai, qui ressemble à une parâphrase grandiose du Pauvre brîcbero11 de La Fontaine. Sans doute l'instinct socialiste est latent dans ces peintures d'une touche si vibrante et si tragique parfois. La révolte, la protestation de justice, est au fond. En cela Michelet, sans doute, est socialiste, si l'on veut, comme dans un autre genre Zola ou Tolstoï. PAUL BUQUET.
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