La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA COMMÉMORATION DE BE:-SOIT MALO!\ 615 La préoccupation constante de Benoît Malon dans les dernières années de sa vie fut, en effet, d'étendre les investigations de l'idée socialiste dans tous les domaines de la '{ie, d'ouvrir les intelligences des prolétaires à toutes les jouissances morales aussi bien qu'à toutes les jouissances matérielles et de faire du socialisme une doctrine complète, promouvant toutes les manifestations du progrès humain. Il en fut blâmé, âprement parfois. On lui r"eprocha son optimisme et sa candeur, sa passion idéaliste pour la justice abstraite, son esprit de tolérance toujours bienveillant, qui s'efforçait d'attirer au socialisme les âmes plus éprises du beau moral que du bien matériel, son respect de la tradition révolutionnaire qu'il voulait concilier avec les exigences théoriques et pratiques de notre temps. Certes! ce n'est pas lui qui se fût désintéressé de l'agitation qui à cette heure trouble tant d'esprits, et un instant a failli fausser la droiture du prolétariat. Compatissant à toutes les misères, son cœur, que révoltaient les injustices particulières autant que les injustices fondamentales de l'ordre social, se fût ému tout~ de suite au spectacle des ignominies entassées pour perpétuer une œuvre d'iniquité judiciaire. Son instinct de bonté lui eût révélé tout de suite, avec la vérité, quelles forces de mensonges et de réaction se coalisaient pour épaissir les ténèbres, adultérer la conscience de ce pays et en la poussant aux pires écarts, s'efforçaient d'ouvrir une ère de servitude et de despotisme. Le spectacle actuel nous montre combien il avait raison de ne pas séparer le progrès économique du phénomène politique et combien il est nécessaire que le socialisnre embrasse tous les pro13Jèmes,pour pouvoir prendre part à toutes les lut~es, s'intéresser à toutes les nobles causes ·et pénétrer ains: de plus en plus toute la vie sociale contemporaine. Fidèles à son enseignement qui ne se formula jamais en un dogme étroit et fermé, nous sommes comme lui les défenseurs vigilants du droit et en nous consacrant, dans l'ordre pratique, à la cause de tous les opprimés sans distinction, nous sommes certains de continuer son œuvre qui fut noble et grande, parce qu'elle fut toujours inspirée d'un souffle ardent de généreuse bonté. DISCOURS DU CITOYEN HENRI BRISSAC Notre cher et tant regretté Benoît Malon naquit prolétaire, dans les rangs des déshérités. Son souvenir évoque la double image de l'intellectualité individuelle et du progrès social dans leur plus noble envergure, dans leurs proportions les plus amples. Il lui fallut combattre contre l'étreinte souvent mortelle de la pauvreté. L'instruction moyenne et, à plus forte raison, l'instruction supérieure, qui constitue encore un privilège, il dut, à force d'énergie, les conquérir. Mais, contrairement à l'immense majorité, il ne voulut pas en faire un instrument de· servitude au détriment de la classe-prolétarienne, et une voie pour s'acheminer au succès à tout prix. Il devint socialiste. Et le socialisme, pour qui comprend le sens renfermé dans ce mot, constitue l'affranchissement matériel, intellectuel et moral de l'humanité. ---

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