La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

REVUE DES REVUES 6 II licisme américain comme une force considérable et qui ne fait que s'accroître? Parce que les catholiques européens s'inquiètent des allures libérales· de leurs coreligionnaires <l'outre Océ:in. Comme ils sont ici et dans les pays Yoisins le lien moral des puiss:inces de réaction en même temps que le ferment le plus actif des agitations en vue de la résistance au progrès politique et social, nos catholiques européens sentent YiYement la contradiction qui existe entre eux et ces catholiques américains, volontiers démocrates et populistes. Encore, la contradiction ne les embarrasserait-elle point tant que cela, car ce n'est pas sur la logique que s'exerce leur esprit; mais ce qu'ils craignent, c'est la contagion de l'exemple. Grttce à l'intervention du cardinal Gibbons, les Chevaliers du tranil ont échappé ;\ l'excommunication. Ce prince de l'Église romaine émettait un :ixiome d'une vérité politique incontestable quand il affirmait « qu'il était d'une importance capitale pour l'Église de se ranger constamment et avec fermeté du côté de l'humanité et de la justice à l'égard des masses qui composent la famille humaine». M2is s'il indiquait l'attitude possible et nécessaire dc:s catholiques américains, condition indispensable de leur propagande et même de leur existence, il donnait a réfléchir :iux catholiques européens. Ceux-ci ne veulent pas séparer leur cause de celle des domin:itcurs de ce monde; ils ne croient pas a un catholicisme populaire; ils ont ramené le pape des illusions qui lui diçtaient l'encyclique sur la condition des ouvriers; ils ont mis un bœuf sur la langue de M. de Mun, en Frnnce, et réprouvé, en Belgique, l'agitation de M. l'abbé Daens; ils ont replacé le mouvement catholique ouHier sous la main des industriels les plus autoritaires, et Notre-Dame de !'Usine ne promet plus la journée de huit heures à ses fervents, mais seulement des grâces au moment de leur mort. L'exemple américain était pernicieux. Le catholicisme n'est pas seulement une religion : il est une discipline sociale. li n'est véritablement que s'il est« un». li lui importe evidemment que l'unité existe dans l'adhésion aux dogmes, et M. Brunetière le touche au bon endroit en lui montrant l'Église américaine accueillant, sollicitant même, en bonne date, les dogmes de l'infaillibilité et de l'immaculée Conception. Mais il lui importe peut-être davantage que l'unité existe dans la conception du monde social et dans le rôle prépondérant que l'Église doit y jouer. Du moins, c'est ce qui importe au catholicisme européen, pour lequel il semble que le dogme soit le moyen, et la domination politique et sociale le but; tandis, que pour les catholiques américains, l'action politique et sociale semble être le moyen, et le dogme le but. C'est la ·route la querelle, et ce n'est pas l'intervention, plus ou moins autorisée, de M. Brunetière qui l'apaisera. En mettant le pied sur. la terre d'Amérique, les catholiques oht respiré l'air protestant et

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