La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

610 LA REVUE SOCIALISTE de l'Atlantique. Cela ressort aYcc la plus cornpletc éYidcncedes expressions mêmes qu'emploie M. Bruneticre, qui ne sont pas seulement « catholiqucS' », mais proprement « <l'Église ». En voulez-vous un exemple? Dans son préambule, le directeur de la Revue des Deux Mondes parle du « prodigieux» développement du catholicisme aux l~tats-Unis. Cc qualificatif porte la robe, et cc n'est pas seulement l'ombre littéraire de Bossuet qui l'a placé sous la plume de M. Brunetiérc, en dépit d'une prudente citation de Tocqueville qui, trop habilement intercalée, ne peut égarer personne. Qu'on ne s'imagine pas que je cherche une vaine querelle : M. Brunetiére parle de prodige. Examinons le prodige. Nous aurons ainsi la preuYe qu'il n'existe point ou n'existe que pour les besoins de la thèse soutenue, et que si M. Brunetiére avait entendu la soutenir ailleurs que deYant la clientèle purement catholique, il se fût gardé d'employer une expression chère aux habitudes de penser de cette clientcle, mais qui ne peut être admise par le public ordinaire. Qu'y a-t-il, en effet, de prodigieux dans ce fait que, sur environ soixantecinq millions d'habitants, les États-Unis comptent presque dix millions de c:nholiques? Argument clérical s'il en fût : M. Brunetiére fait état et étalage des quatre-Yingt-huit évêques américains. C'est beaucoup, quatrc-,·ingt-huit évêques. La France, pour plus de trente-cinq millions <lecatholiques officiels,je ne dis pas de croyants, en a beaucoup moins. Serait-ce donc que dans le clergé de l'Amérique du Nord on multiplie les c,·èques, comme dans l'armée de l'Amérique du Sud on multiplie les colonels et les généraux? On \'Oit par cet exemple que M. Bruneticrc tient à impressionner les catholiques seulement, et qu'il mesure ses arguments à leur mentalité. Mais revenons au c< prodige ». M. Brunetiére commet la faute de l'expliquer, au risque de lui enleYer son caractcre. Et cela prouve, je le répète, qu'il a approprié son article à la maniére de penser des catholiques. Ceux-ci, malgré qu'ils en aient, appartiennent à ce sicclè d'examen et de discussion. Ils aiment à se prouYcr, par d'autres moyens que l'affirmation, les phénorncncs et les dogmes : c'est cc qui les perdra. Quand M. Brunetiére avoue que, « de 1840 à I8ïo, l'immigration catholique a lie beaucoup dépassé l'immigration protestante», que de 1871 a 1890 on compte cc 2,410,000 immigrés catholiques et 2,235 immigrés protestants», il donne par trop ingénucment l'explication du prodige, ou plutôt, prisonnier des chiffres, il met a néant le prodige. A moins qu'il n'en voie un dans ce fait qu'en abordant sur l'autre riYc de l'Atlantique, les immigrants ne se sont pas débarrassés de leur catholicisme, ce qui serait peu flatteur pour la religion dont il se fait aujourd'hui le champion. Pourquoi donc: M. Brunetiére tient-il tant a présenter le catho-

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