REVUE DES LIVRES 5 II pules. Ainsi, le Grinchu dont Gyp nous donne le journal est un député de la droite, dont la femme est entretenue, au vu et au su de ceux qui fréquentent chez lui et des gens chez lesquels ce couple fréquente, le Tout-Paris, par un financier juif encor"e dans b période difficile des débuts. Ce juif s'appelle Klébrig et on le traite de canaille à tout bout de champ, mais quand il a le dos tourné; car bien que ce fi_nancier ne soit pas encore complètement décrassé du Ghetto, princes, ducs, comtes et marquis, au milieu desquels il apparaît comme chez lui, se confondent en prévenances et l'accueillent comme faisant partie de .leur monde. Il y a deux députés de la droite dans ce \'Olui11e,Mail- . lane, l'auteur du journal, qui confie le soir au papier la peine secrète que lui causent les cascades de sa femme tombant des bras d'un certain Ch;iteau-Landon dans ceux du juif, et le prince de Bouillon, dont la femme a passé l'âge des conquêtes juives et se rabat sur les jeunes hommes. Autour de Maillane et du prince de Bouillon, toute la société distinguée, dont ces messieurs défendent les principes au Parlement : Mme de Balagny, tante de la • femmé de Maillane, une entremetteuse à peine esquissée dont la fonction paraît très lucrative dans le milieu aristocratique ou elle exerce; ChâteauLandon, amant de cœur de la comtesse Maillane, qui fait à celle-ci des scènes de jalousie devant le mari, parce que la comtesse tape ostensiblement Klébrig; un cousin, Agénor, qui vit des rognures que lui abandonnent les financiers juifs .... Tout ce monde là grouille et se démène au bois, au théâtre, en des fêtes quotidiennes, soirées, réceptions, cancanant, médisant, intriguant, en attendant le retour du roi et la restauration de la foi catholique. Drôle de . monde, tout de même, si la peinture que nous en fait Gyp est vraie. Par exemple, ou l'auteur sort \'isiblement de son monde et la peinture devient caricature, c'est lorsqu'elle nous montre son grinchu de Maillane, écœuré et fatigué, léguant sa circonscription à un socialiste et lui remettant 20,000 francs pour faire son élection. Ce dernier trait est visiblement inventé. Mme de Martel, en faisant intervenir à la dernière heure un socialiste disposé à accepter 20,000 francs d'un député réactionnaire et à se présenter en son lieu et place, est sortie du champ habituel de son objectif. Sans doute ce n'est pas par esprit de dénigrement que Gyp a imaginé de donner un socialiste comme successeur à Maillane. Brion, le candidat à qui celui-ci compte 20,000 francs, apparaît comme un bon jeune homme, point ambitieux ni malhonnête. Maillane, dégoûté, le juge le plus digne de lui succéder et, comme dans le monde de Gyp l'argent est le grand levier, elle imagine cett-:: combinaison qu'elle trouve toute naturelle - voilà tout. Malheureusement, pour la vérité, le dénouement imaginé est invraisemblable. Les élections ne se font pas ainsi et les circonscriptions ne se donnent pas de la sorte, avec 20,000 francs comme entrée de jeu pour les conquérir. Mais, encore une fois, ceci sort du . domaine de Gyp, qui ne sait pas .... G. R.
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