\ LA SITUATIOI\ INTERNATIONALE 399 rive du Petchili. A Tien-Tsin, les ambassadeurs des deux pays se disputent jalousement l'influence, achetent les mandarins, excluent peu à peu les consèillers impériaux hostiles. Li-Hung-Chang vendu, dit-on, à la Russie, retombe et remonte alternativement au gré des révolutions de palais, suscitées ou encouragées par les diplomates. Les financiers de Londres et de Pétersbourg assiègent les portes du palais, pour conquérir les concessions de voies ferrées, les commandes de fusils, de canons, de munitions. C'est la petite guerre en attendant la grande; c'est la rencontre des habiletés, en attendant le choc des armées et des flottes. Là est le foyer incendiaire de demain. L'Angleterre louvoie, use de délais. Elle hait la Russie de la haine raisonnée qui conduisit ses campagnes contre Napoléon. Lorsque Chamberlain, dans son discours fameux et prophétique de Birmingham, en mai 1898,_entassa des phrases peu courtoises à l'adresse du czar, il répondait au sentiment national. L'empire de Nicolas II est la plus formidable puissance à laquelle le Royaume-Un-i se soit encore heurté,· parce que pour la première fois, il se trouve menacé dans ses intérêts industriels et commerciaux, c'est-à-dire dans son souffle vital lui-même, et que la soudaine expansion de la race slave est la seule qui ait jamais égalé en ampleur le rayonnement anglo-saxon. La Grande-Bretagne est pacifique, elle n'aime pas la guerre, puisqu'elle paralyse ses transports et resserre ses marchés. Si.elle a une flotte, ce n'est pas poui· l'offensive, c'est afin de protéger ses entreP,ôts ... Elle ne balancera point pourtant à ouvrir une conflagration, le jour ou le péril lui apparaîtra imminent, ou les risques d'étouffement lui sembleront s'accroître, et ou elle croira n'avoir plus qu'à choisir entre le recours au canon et l'arrêt de ses machines. Peut-être ce jour est-il encore loin, peut-être est-il très proche. On ne peut nier, en tout cas, que le parti des impérialistes, dont Rosebery et Chamberlain sont les chefs et qui n'est autre au fond que le parti de Pitt, de Palmerston, de Beaconsfield, ait envisagé l'hypothèse d'une lutte décisive. On ne s'explique pas autrement les projets d'alliances étroites, que le discours de Birmingham développait déjà en termes explicites, et qui ont trouvé un appui dans les masses de l'Angleterre (1). (1) Nous avons enregistré ici les tendances qui se sont fait jour, ces dernières années, dans la politique du Foreign Office. Sont-elles celles du prolétariat anglais? Peut-on dire qu'il veuille s'associer, même par le silence, aux actes souvent déloyaux de ses gouvernants, aux violations de droit qu'ils ont consommés? Il en est du prolétariat britannique comme du nôtre, comme de ceux d'Allemagne et d'Italie. Chaque fois que dans les congrès internationaux s'est posée la question de la conquête capitaliste, nos amis d'Angleterre ont réprouvé, d'accord avec nos doctrines de justice, l'expansion brutale des sociétés modernes. Mais leur action sur l'orientation de leur pays, comme la nôtr•, comme celle des socialistes de toutes contrées, est encore trop limitée pour produire des résultats. La fatalité ou plutôt la spontanéité logique de la colonisation
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