REVUE DES LIVRES le fanatisme. L'Eglise, elle, ne renie rien de ce passé et coupable serait notre indifférence si, à· notre tour, par je ne sais quelle manie d'objectivation à outrance, nous nous en désintéressions. Qu'on philosophe, en effet, tant qu'on voudra sur la puissance organisatrice de l'Église dans le passé, sur la mission sociale dont elle prétend avoir été investie, les théories hypothétiques auxquelles se livrent les faiseurs de systèmes, positivistes et socialistes qui prétendent trouver dans la hiérarchie du MoyenAge une organisation du travail dont ils font honneur à la Papauté - il ne faut jamais oublier que les siècles de civilisation qui s'étendirent, de la fin du monde antique à la Révolution, furent des siècles de meurtres, de carnages et de bûchers ordonnés par l'Eglise en même temps qu'une période d'abêtissement universel. Ces pacificateurs religieux furent les pires bourreaux; les civilisateurs étendirent un linceul sur l'humanité et commirent les pires excès. Sous le flot de superstitions grossières qu'ils firent déborder des couches populaires sur les classes instruites rapidement abêties et perdues pour la science et le progrès, ils submergèrent le monde. Et si nous sommes sortis de la barbarie pour entrer dans une ère de civilisation et de tolérance relatives, c'est au prix de sacrifices sans nombre; c'est en luttant sans ces.;e ni trève contre l'obscurantisme et la férocité catholiques, en semant de cadavres, de ses meilleurs, le long calvaire du progrès, que l'humanité a pu arracher les voiles de ténèbres épaissies sur elle et sortir enfin du charnier sanglant où la religion l'avait emprisonnée. M. Galimant nous mène à travers cette voie douloureuse - étape par étape, siècle par siècle, il évoque le souvenir des stations et des angoisses de ce supplice sans fin. Il n'y a pas de siècle - que dis-je! pas d'aonée peut-être - dans l'histoire de France, de Clo\'is à la Restauration - qui ne soit marquée d'une trace de sang, exécutions, bûchers, arassinats, guerres effroyables provoquées par l'avidité des prêtres, répressions impitoyables s'étendant, des dix ans entiers à toute une région, décimée, exterminée et sauvée - c'est-à-dire noyée hnalement dans l'ignorance et la superstition, victorieuses sur des monceaux de décombres. C'est là le passé, dit-on? Oui, mais le bûcher allumé en Espagne à Séville, en 1823 et dont Vaulabelle nous a laissé la description, est d'hier et d'aujourd'hui. L'exemple de l'Espagne, ruinée, saignée à jamais, exsangue pour des· siècles, est l'exemple d'aujourd'hui - et dans les événements que nous traversons, la part prise par l'Eglise à l'agitation faite en faveur du haut état-major, le courant créé en faveur de la domination des moines aux Philippines, et du gouvernement espagnol soumis à l'influence toute puissante des prêtres et des généraux indiquent assez le danger du retour offensif du parti catholique. C'est pourquoi, je le répète, M. Galimant, en publiant ces €tudes rapides mais fortement documentées sur les horreurs du régime polique et social de l'Eglise, a fait œuvre utile au premier chef et nous le félicitons très sincèrement de l'avoir écrite. G. R. r --
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