342 LA REVUE SOCIALISTE actuelles, tenant compte de ce qu'elles ont de défectueux, _neheurtant pas trop de front les préjugés ataviques, et par conséquent susceptibles d'entrer en vigueur des le jour, peu éloigné, où le par!i socialiste aura conquis le pouvoir. Le collectivisme que nous présentons n'est donc qu'à sa première phase; les générations qui suivront l'épureront, le raffineront à loisir. Si nous ne l'ayons pas fait nous-même, c'est parce que nous sommes profondément convaincu de l'impossibilité de faire accepter un système social par trop différent de celui dont on a l'habitude, au milieu duquel on vit. Aussi avons-nous apporté le moins de changement possible aux conditions présentes de l'existence. Mais en faisant ces concessions à des nécessités momentanées, nous avons tenu strictement à ne rien sacrifier des principes essentiels du collectivisme. Nous ne procédons pas par étapes successives et ne restreignons pas le collectivisme à une seule catégorie des formes actuelles de la propriété; nous abordons franchement le problème de la transformatio11 intégrale de la propriété et nous le résolvons d'un seul coup par un ensemble de mesures coordonnées, ce qui paraissait à peine possible aux plus hardis socialistes. Il serait donc injuste de nous considérer comme retrograde parce que nous n'avons envisagé que ce qui était immédiatement applicable, et cette explication suffira sans doute pour prévenir des reproches que nous croyons sincèrement ne pas mériter. L'observation qui precède vient à point en tête de ce chapitre, car on s'étonnera peut-être au premier abord de trouver à la constitution politique que nous proposons pour la société collectiviste une vague ressemblance avec celle de l'an VIII. On verra que le fond en diffère sensiblement. Il faut bien se dire, d'ailleurs, qu'une constitution ne doit pas être une stérile affirmation de principes abstraits; elle doit au contraire écarter rigoureusement les idées trop absolues et, tout en ne perdant pas de vue l'idéal vers lequel elle tend, tenir grand compte des circonstances de fait qui entourent sa naissance. Son principal mérite consiste généralement à créer un sage équilibre entre les pouvoirs qu'elle instaure, de façon à ce que chacun d'eux reste libre de ses mouvements tant qu'il se renferme dans ses attributions, mais soit aussitôt paralysé dès qu'il tente d'en sortir. Le suffrage universel est le maître souverain ; on doit s'incliner <leva.nt sa volonté réfléchie et persévérante; mais ce n'est pas lui manquer de respect que de le protéger contre ses égarements passagers. , Le suilrage universel nommera donc une Chambre des députés au scrutin de liste départemental, pour neuf ans, avec renouvellement partiel tous les trois ~ns. Elle sera composée de trois cents membres· seulement.
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