La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

24 LA REVUE~SOCIALISTE tifications, tous les prolongements devraient ne plus figurer dans nos budgets annuels oü leur seule mention est un scandale. La même observatio1{ pourrait être présentée pour nos ports : alors que Rotterdam, Amsterdam, Anvers, Hambourg, Brême, Manchester, Glasgow, Gênes, Trieste se dotaient d'un outillage perfec- / 1 tionné, c'est à peine si chez nous l'on songeait, ici à approfondir un chenal, là à créer des docks. Encore les travaux entrepris dans les dix dernières années traîneront-ils peut-être jusqt,!'à 1905 ou 1910. * * * La crise économique française n'est donc pas le résultat d'un accident temporaire, d'une incompn'.:hensible fatalité. Le gouvernement qui sévit sur nous deputs vingt-sept ans et qui, sous le nom d'opportunisme, a consacré le triomphe d'une aristocratie bourgeoise sans idées générales, est l'auteur responsable du mal. Il n'a pas compris les besoins d'une grande nation moderne; il a été surpris par des éventualités qu'il eùt dû prévoir; il a sacrifié à quelques spéculations privées la prospérité du pays. En même temps qu'il nous abaissait dans "ordre politique, s'inféodant à l'autocratie tzarienne, et sanctionnant toutes les violations du droit des peuples; en même temps qu'il au-torisait la mise en coupe réglée de l'épargne par qu'elques flibustiers de Bourse titrés ou bien apparentés, il préparait et réalisait notre déca-_ dence industrielle et commerciale. Il a eu entre les mains le budget relativement le plus gros, la fiscalité la plus malléable et la plus productive dont aucun régime ait jamais usé. Sans récriminer, le peuple de France lui a versé 3 milliards _ 500 millions par an. Au lieu de les consacrei: à des dcpenses urgentes et fécondes, à l'accroissement de la valeur du territoire, il les a distribués à ses favoris, à ses fonctionnaires, à ceux qui vivent de la foule sans la ~ervir. Les budgets de la guerre, de la marine, <les colonies, tous les chapitres qui doivent surtout parer aux prodigalités de pure magnificence, étaient abondamment pourvus. Le Tonkin et le Soudan absorbaient a eux seuls plus que le canal des Deux-Mers n'eût exigé; ce pendant les travaux publics ne recevaient d'argent que pour le répandre en gaspillages a l'oligarchie financière; les Compagnies de chemins de fer, impérieuses maîtresses, réclamaient des centaines de millions; la pénétration réciproque des bassins fluviaux, la mise en rapport des diverses régions, les entreprises utiles, étaient reléguées à l'arrière-plan des préoccupations ministérielles. Rien n'atteste mieux que notre profonde décadence économique la faillite 1e la bourgeoisie opportuniste française, inférieure en habileté et en volonté, à celles de l'Angleterre et de l'Allemagne. .

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