22 LA REVUE SOCIALISTE un peu moins sûrs du lendemain qu'avant 1892; le sort des fcrmier_s et métayers n'est pas plus digne d'envie, celui des journaliers n'est pas moins précaire, le recul de la petite propriété deva,.1t l'oligarchie foncière n'a p:.is cessé. Le grand débat sur la question agraire, que notre parti a soulevé en 1897, et où Jaures, Guesde, Deville ont si hautement dénonce l'impuissance du régime social actuel, a été gros d'enseignements et de conclusions. Les progrC::sde nos candidats dans les campagnes, aux dernières élections, attestent la débâcle de la politique dont le président du Conseil d'hier, a la remorque des grandes associations réactionnaires, s'était constitué le champion. Le paysan français, comme le pay¼n allemand, a compris que le protectionnisme n'était destiné à protéger que ses propres oppresseurs. Mais la crise économique a d'autres racines encore. Le régime de la France contemporaine s'appuie d'un côté sur les grands propriétaires fonciers, de l'autre ~ur les hautes puissances financières. Maitresses des voies ferrées, de tous les services de transport, celles-ci ne songent qu'à leurs propres intérêts et piétinent l'intérêt wllectif. L'omnipotence de nos grandes Compagnies de chemins de fer n'est pas étrangère à notre décadence. Comment la France, garrottée dans son expansion par les actionnaires du Nord ou de !'Orléans, pourraitelle lutter avec l'Allemagne servie· par ses réseaux d'Etat? Certes le gouvernement prussien n'exploite pas les voies fcrrees tomme elles seront gérées un jour dans la socicté socialiste, mais au fond, s'il cherche a réaliser des bénéfices, c'est l'utilité gé11érale qu'il est forci'.: de poursuivre, et du moins doit-il l'en\"isager dans la fixation de ses tarifs. Grâce aux fameuses conventions de 1883, nous sommes aux mains du capitalisme des chemins de fer, et les tarifs ne sont pas faits pour nous, mais contre nous. Que d'exemples viendraient illustrer cette assertion! Nous n'aurions qu'à puiser dans nos dernières discussions budgétaires. Nous verrions que le coôt d'une tonne kilométrique, abaissé à 0.048 en Allemagne, est chez nous de 0.0525, que nos barêmes sont inextricables et inintelligibles, qu'une tonne de vin coûte 8 francs de transport de Sens a Paris, I r.45 de Paris a Sens et que, sous le nom de tarifs de pénétration, nos Compagnies faYorisent l'étranger au detriment du producteur français. Chacun sait que nos régions de la Normandie, du Languedoc, etc., sont intéressées a préférer la bouille anglaise à la houille de Lens ou de Carmaux, le vin d'Espagne au vin français, etc., etc. Nos moyens de circulation sont exploités au profit de quelquesuns : ils sont de plus insuffisants et ne répondent plus aux besoins modernes. En Hollande, en Allemagne,.en Belgique, la batellerie joue un rôle toujours croissant : chez nous elle reste presque stationnaire. La richesse de Hambourg tient en premiére ligne à la canalisa_tion de
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