280 LA REVUE SOCIALISTE vidu c'est le c:1pitaliste, et qui n'est pas capitaliste ne compte point. Or,. dans la forme démocratique qu'il revêt à mesure qu'un plus grand nombre de citoyens virtuels deviennent des citoyens réels, l'État constitue un danger croissant pour la suprématie des capitalistes. Sous b pression de ce danger, le conservatisme capitaliste n'hésite pas à revêtir une couleur anarchiste et il trouve sans peine des économistes et des sociologues de l'individualisme pour lui donner cette teinture. En réalité, nous l'avons dit, mais nous ne le redirons jamais trop, le capitaliste est contre l'État parce qu'il a tiré de l'État la puissance par laquelle il peut se passer de lui dorénavant, et que la puissance <le l'État menace de passer maintenant aux mains <lesprolétaires. Ceux-ci, donc, ne doivent pas considérer l'État comme une bastille qu'il s'agit de raser après en avoir expulsé les défenseurs, mais comme une forteresse qu'il s'agit de conquérir pour la transformer en un asile de paix où tous auront leur place. Il n'y a, en effet, antagonisme entre l'individu et l'État que parce que l'État est une arme de guerre ou un moyen d'exploitation aux mains de la minorité contre la majorité. Que l'État cesse d'être un instrument de classe, et les reproches que lui fait la classe lésée tomberont avec leurs griefs. Qu'il devienne le moyen d'administration publique dont chaque citoyen peut user quand il en a besoin, qu'il devienne le gardien d_es droits dont chacun trouvera les conditions réelles dans sa libération économique, et l'État ne sera plus l'autocrate, ni une collection d'aristocrates, mais l'ensemble des citoyens. La conquête de l'État, pour la masse des citoyens, n'est donc pas autre chose que la conquête d'eux-mêmes par eux-mêmes, l'extension a tous de droits réels dont ils n'ont eu jusqu'à présent que l'illusion. La democratie ne doit donc pas combattre l'État, mais le devenir ellemême tout enticre, absolument, dans la personne du plus humble des citoyens qui la composent. On ne se possède que lorsqu'on se connaît. L'ensemble des citoyens ne se possèdera également, ne sera réellement l'État, que lorsque chacun d'eux sera devenu conscient de lui- 'même et de ses rapports par l'État avec l'ensemble de ses concitoyens, isar l'État sera alors le moyen de relation entre les membres de la Cite devenus libre~ et égaux. En quoi les rapports de l'individu et de }.'État, dans ces conditions, pourront-ils être des rapports de subordonné à supérieur? Dans l'État de caste ou de classe, aristocratie de droit ou capitalisme de fait, il est évident que le membre de la Cité qui n'est ni noble ni riche est un subordonné non seulement vis-à-vis des nobles et des riches, mais encore vis-à-vis de l'État qui est leur moyen • de domination et d'exploitation. Dans un État où il n'y a ni castes de droit ni classes de fait, ce n'est pas aux individus qui administrent l'État que le citoyen est subordonné, mais aux lois comme ils le sont
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