I LA CITÉ IDÉALE 273 et exacts du marché, nous avons vu que se substitue graduellement, par la forme capitaliste des moyens de production, de circulation et d'information, une production collective, réglée, appropriée aux besoins d'un marché. universel toujours mieux connu. A la méconnaissance des conditions physiologiques, psychologiques et sociales de l'amour qui font de lui le drame de la vie affective, nous entrevoyons la possibilité de substituer l'amour éclai.ré, conscient, volontaire qui se fixera avec d'autant plus de dun~e qu'il aura plus complètement connaissance de ses motifs et de ses fins. A l'effort de chacun pour échapper à la dépendance où le tient autrui, nous voyons de même se substituer l'effort de tous pour mutuellement s'assurer le libre jeu de leurs facultés et la libre jouissance des biens qu'elles mettent à leur disposition. E'n régime d'autocratie, un seul individu possède l'indépendance; sa volonté ou son caprice est la loi de tous, et son pouvoir n'est limité que par le possible. En régime d'aristocratie, une classe seulement jouit de la liberté; elle est indépendante vis-à-vis des classes assujetties et son pouvoir n'est limité que par le possible, crainte de les faire disparaître par la famine ou de les pousser à la révolte, et par les lois qu'elle établit chacun de ses membres trouve vis-à-vis de ses égaux les garanties de sa liberté. Il s'entend bien qu'en régime d'autocratie, si le souverain est un imbécile ou un dément et ne posscde pas sa volonté ou ne règle pas son caprice, et si dans son entourage un homme de forte volonté ne se substitue pas à lui, son pouvoir aura pour limite la patience de ceux qu'il opprime et moleste. IÎ,s'entend également qu'en régime d'aristocratie chacun des membres qui la composent ne jouit pas à titre égal vis-à-vis de ses pairs de la liberté qui lui est reconnue par le statut de sa classe. Il n'en jouit que s'il veut en jouir, et n'a que les droits qu'il consent à exercer. Il lui est toujours loisible de remplir tous les devoirs de son état sans en revendiquer les droits. En régime de démocratie virtuelle, tel que l'ont organisé les sociétés modernes, il en est absolument de même. Il n'est pas, devant la loi, de classe dominante ni d'individu privilégié, chacun porte en soi le droit de gestion et de contrôle de la chose publique, mais en réalité une seule classe a pu jusqu'à présent exercer cette gestion et ce contrôle, attendu que ne peuvent être citoyens complets, actifs, que ceux qui réunissent aux conditions matérielles de la liberté les conditions idéales qu'elle requiert : la conscience et la volonté. Or, tout se tient et s'enchaîne. Sauf exceptions, la conscience et la volonté sont filles de l'étude et du loisir. Et jusqu'à présent une classe a peiné dans les champs et dans les usines pour procurer à l'autre ce loisir et cette étude. Il est sans doute bon qu'il en ait été ainsi jusqu'à présent. Le loisir et l'étude ont été de précieux agents du progrès humain. D'autre part, ils n'étaient possibles que pour une mi18 '
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