272 LA REVUE SOCIALISTE Compagnies de chemins de fer qui vont jusqu'à interdire à leurs employés et ouvriers de faire partie des conseils municipaux de leur localité. En Amérique, oü l'armé·e permanente est réduite à son minimum, la plus importante attribution de l'État, le droit de lever des troupes, a été audacieusement usurpée par des capitalistes désireux d'avoir des soldats à leur disposition pour réprimer les grèves par la force. Quand les États capitalistes ne peuvent pas se substituer à l'État, ils le font agir pour eux et se le subordonnent. Et que l'État soit démocratique comme en France ou fortement monarchique et féodal comme en Allemagne, il n'y a nulle différence dans la hâte et dans la manière d'obéir aux injonctions du capitalisme tout-puissant. Ce n'est pas toujours uniquement sur le terrain des conquêtes coloniales que le capitalisme dicte ses volontés aux États européens, et l'on a vu récemment la finance allemande, principale créancière de l:t dette turque, exiger et obtenir que ses intérêts fussent satisfaits et sauvegardés avant les intérêts des peuples d'Orient et des gouvernements d'Occident. VI LE DÉVELOPPEMENT DE LA DÉMOCRATIE Si la liberté n'existe pas, au point de vue politique et social, en dehors des moyens réels et matériels qui la conditionnent, si l'homme qui attend du bon plaisir d'un antre son pain quotidien n'est n'.:puté libre que par une meurtrière ironie logomachique, on ne peut cependant dire qu'il suffit d'être en possession des moyens matériels de la liberté pour être libre, sans quoi il faudrait prétendre que les sujets riches du tsar ou du sultan sont plus libres, c'est-à-dire plus complètement citoyens, qu'un fier mécanicien anglais ou qu'un de ces alertes ouvriers d'art français toujours prêts à combattre le pouvoir quand il prend forme d'arbitraire. Pour être libre, il faut avant tout savoir ce qu'est la liberté et la vouloir. Il n'e_st pas de liberté réelle sans la conscience de la liberté, sans la connaissance des biens qu'elle procure et des obligations qu'elle impose. La liberté est une création sociale qui n'existera réellemént et complètement que lorsqu'elle se sera réfléchie dans la conscience de chacun des membres de la Cité. Nous sommes encore loin de cet idéal, mais tout effort vers le mieux social et individuel nous en rapproche, et nos mouvements inconscients vers l'indépendance personnelle sont autant de pas vers l'organisation de la libertt sociale consciente et volontaire. En toute chose nous allons ainsi de l'individuel au collectif et de l'inconscient au conscient. A la production individuelle, arbitraire, ignorante des conditions et besoins réels
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