DÉSARMEMENT? 261 lisme et à la probité, mais le résultat de ce grand débat, dans l'ordre pratique, peut être d'avance envisagé avec un certain scepticisme. Quoique la folie des armements, l'énorme acci"oissement des budgets aient contribué dan·s une très large mesure à faciliter notre propagande, quoiqu'ils sachent tous, plus ou moins, courir a cette catastrophe prévue et prédite par la circulaire Mouravief, les souverains et les ministres esquiveront la vision de l'avenir pour ne songer qu'au présent. Et pour ne pas se priver de leurs instruments de coercition et de puissance, ils s'arrangeront pour faire échouer le programme qui leur sera vraisemblablement présenté. Nous ne scruterons pas ici les mobiles qui ont déterminé la résolution de Nicolas II. Nous n'examinerons pas s'il a cédé à des considèrations purement humanitaires, a une l~rge philanthropie empreinte de mysticisme slave,- ou à l'intelligence sagace des intérêts politiques de la Russie; nous n'e nous demanderons pas s'il a été convaincu de la possibilité d'exécution de son projet, ou si, lui-~1ême sceptique sur la réussite d'une aussi grande idée dans une Europe de fer, il a voulu, à peu de frais, acquérir une gloire soudaine. Nous n'insisterons même pas sur ce fait pourtant significatif que la Russie s'est armée pour la conquête, non pour la défense, - sur cet autre détail si suggestif quê le tsar n'a pas encore besoin de mobiliser ses fqrces au dedans pour contenir une démocratie consciente et agissante .... Nous considérons en elle-même, et abstraction faite de son auteur, l'initiative. qui fait couler tant d'encre depuis trois semaines et nous tenons à le répéter, pour que de perfides insinuations ne puissent pas se produire contre la loyauté doctrinale de notre parti : nous sommes acquis au désarmement, donc à l'arrêt des armements dans l'avenir,- et à l'établissement d'une paix fondée sur l'équité. Que la conférence prochaine réussisse et les gouvernements des Deux Mondes, à la suite de l'empereur de Russie, auront adhéré à une idée qui fut toujours de notre patrimoine; soustraits partiellement au militarisme, avec la perspective d'un affranchissement progressif de. ce fléau, les peuples développeront leur prospérité économique, en même-temps que leur mentalité se perfectionnera. L'œuvre socialiste sera en voie d'accomplissement et les citoyens arrachés à une influence déprimante recevront d'autant plus facilement nos enseignements. Qu'au contraire la conférence échoue : l'initiative de Nicolas II ne demeurera pourtant pas stérile. Nous reprendrons notre campagne de fraternisation pacifique avec d'autant plus d'autorité qu'un manieur d'hommes se sera fait un instant notre complice. Il sera avéré que les gouvernements conservateurs, séparés par les intérêts· de classes comme par les convoitises territoriales, sont impuissants à conjurer
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