REVUE DES LIVRES 2 55 et la vieillesse, la maladie et la santé. « Toute opposition vraie, dit M. Tarde, implique un rapport entre deux forces, deux ten.dances, deux dfrectio11s. i> Elle se manifeste aussi bien par les l11ttesinternes que par les luttes extéri~ures. « Quand l'individu prend conscience de la contradiction qui existe entre un de ses jugements ou de ·ses desseins, ou de ses idées ou de ses habitudes, - dogme, tournure de phrase; procédé industriel, espèce d'arme ou d'outil, etc., - et un jugement ou un dessein, une idée ou une habitude, d'un autre homme ou d'autres hommes, il arrive de trois choses l'une. Ou bien il se laisse influencer complètement dans le sens d'autrui; il abandonne brusquement sa manière propre de penser et d'agir, et dans èe cas il n'y a pas de lutte interne, il y a eu victoire sans combat, ce n'est qu'un des continuels phénomènes d'imitation dont la vie sociale est faite. Ou bien l'individu ne subit qu'à demi l'influence d'autrui ... et le choc alors est suivi d'un amoindrissement de sa force plus ou moins entravée et paralysée. Ou bien il réagit contre l'idée ou l'habitude étrangère contre la croyance ou la volonté qui le heurte, et affirme ou veut d'autant plus énergiquement ce qu'il voulait déjà ... Un nouveau parti est toujours formé d'un groupe de gens qui ont adopté, les uns après les autres, les uns à l'exemple des autres, une idée ou une résolution contraire à celle qui régnait jusque-là dans leurs milieux et dont eux-mêmes étaient imbus. » C'est de ces conflits que naît le développement social, c'est par des imitations sans cesse étendues d'une idée juste, d'un procédé avantageux de production, d'une vue plus exacte des phénomènes et de leurs rapports que se fait le progrès général. Aux oppositions d'individus succèdent les oppositions des groupes, puis de formations plus étendues. Les semblables s'opposent - car il n'y a opposition qu'entre eux - et tendent ainsi malgré eux et sans qu'ils en aient conscience à la bienfaisante unité dans l\manimité. Cette tendance à l'unanimité, c'est l'adaptation « qui exprime le plus profond respect sous lequel la science envisage l'univers». Les petites harmonies intérieures tend-:nt à l'extérioriser et à s'amplifier progressivement, c'est-à-dire à constituer une harmonie générale. « Un agrégat quelconque est un composé d'~trcs adaptés ensemble soit les uns aux autres, soit ensemble à une fonction commune. Agrégat signifie (donc) adaptat >>. De l'harmonie interne que présente un homme en qui toutes ses pensées et tous ses gestes sont adaptés exactement les uns aux autres, si tant est que cet homme idéal existe déjà et peut-être n'existe-t-il pas mi?!mechez les individus à pensées très rudimentaires et à gestes très peu compliqués? entre cet homme et le consenms universel sur telle vérité élémentaire, il y a une série infinie de degrés d'adaptation dont les unes s'accordent et les autres s'excluent. Tous ces drames marchent vers un commun dénouement, c'est-à-dire vers l'unité dans l'harmonie, par l'adhésion unanime à des vérités et à des réalités révélées par la science, car seules les erreurs.s'éliminent dans ce combat, et la vérité est éternelle. C'est la plus parfaite et la plus scientifique justification de notre idéalisme social, et nous remercions M. Tarde de nous l'avoir si magistralement fournie. EUGÈNE FOURNIÈRE.
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