La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

216 LA REVUE SOCIALISTE sente une partie de sa fortune et à s'engager dans une industrie nouvelle pour laquelle il lui faut des connaissances et des capitaux qui . peuvent lui manquer, et dont les risques sont peut-être -aussi grands, peut-être même plus grands que ceux de l'industrie qu'il abandonne. Il continue donc péniblement la lutte, rogne les salaires de ses ouvriers, arrête une partie de ses métiers et descend chaque année plus bas en semant autour de lui la misère et la souffrance. Au contraire quand c'est la nation qui règle la production, elle n'éprouve aucune gêne à arrêter une industrie devenue improductive pour en créer une nouvelle : elle suit les fluctuations de la demande étrangére et s'y conforme. Mais une transformation industrielle permettant à la France de se passer des produits de l'étranger ne peut être l'œuvre d'un jour. En attendant qu'elle soit accomplie, nous aurons besoin des marchandises et matières premières que nous avons l'habitude de recevoir. L'État devra se les procurer, et pour cela il aura besoin de concentrer dans ses caisses tout l'or et tout l'argent qui circuleront en France. Ces monnaies ont cours partout, et tant qu'il en possédera, il lui sera toujours facile de parer aux conséquences des crises que pourrait traverser la production. Si nous n'avions ni or ni argent, la situation ne serait pas désespérée, car nous pourrions opérer par voie d'échanges avec l'étranger. Mais il est beaucoup plus commode et plus sûr de pouvoir payer en espèces sonnantes. D'ailleurs dès ses débuts, le nouveau régime se trouvera en présence d'im1nenses besoins avant d'avoir pu développer suffisamment la production pour y faire face. Et cependant il ne devra pas se dérober, car comme l'a dit Blanqui, une révolution fait banqueroute si dans les quarante-huit heures de son succès elle n'a pas réalisé ses promesses. Avec beaucoup d'or et d'argent, on se procurera à l'étranger tout ce qui manquera en France et on pourra dès le premier jour satisfaire tous les besoins. L'État doit Jonc concentrer toutes les valeurs monnayées; nous indiquerons plus loin par quels moyens il obtiendra ce résultat sans violence. Quels que soient ces moyens, ils ne pourront être efficaces que dans une certaine mesure; une partie de l'or et de l'argent sera dissimulée et conservée. En pourra-t-il résulter un trouble quelconque pour le fonctionnement de l'organisation collectiviste? En aucune façon. Que cet argent reste caché, qu'il circule entre Français,· qu'il soit apporté aux magasins généraux en échange de marchandises ou qu'il passe à l'étranger pour une destination quelconque, l'État collectiviste n'en ressentira aucun inconvénient.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==