La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

214 LA REVUE SOCIALISTE substituée à la petite. L'exploitation des lots de grande culture sera confiée à des associations agricoles ou, à leur défaut, sera faite en régie. Passons à l'industrie. Actuellement les employeurs capitalistes font travailler, autant qu'ils le peuvent, leurs ouvriers aux pièces. Ce système, juste en apparence, récompense cependant la force et l'adresse plutôt que la bonne volonté. De plus il pousse le travailleur consciencieux et chargé de famille à s'exténuer pour accroître le bien-être des siens. La société collectiviste ne demandera à personne de se surmener. De chacun son possible, raisonnablement, voilà tout et ce sera toujours suffisant pour maintenir la production à la hauteur des besoins. Le travail sera donc payé à la journée; les bons ouvriers seront récompensés par l'élévation à la deuxième et a la première classe, et même aux emplois supérieurs s'ils le méritent. Les mauvais resteront dans la troisième classe et devront se contenter du minimum. Comme il sera possible d'assurer l'existence à aussi bon marché dans les villes que dans les carnpagnes, le salaire sera le même partout. Toutes les professions étant également honorables et utiles, le taux de la journée sera le même pour toutes. Des majorations de salaire ou des diminutions d'heures de travail seront accordées pour les professions dangereuses, pénibles, insalubres, et pour celles exigeant des aptitudes spéciales. Nous parlerons au chapitre de l'assistance sociale de l'allocation supplémentaire gui sera assurée aux chefs de famille pour subvenir aux besoins de leurs femmes et de leurs enfants. Au point de vue de la comptabilité industrielle, ce supplémen~ ne figurera pas dans les calculs des prix de revient, qui seront basés sur la journée de l'ouvrier célibataire. Qui sera juge du passage d'un ouvrier ou d'un journalier dans une classe supérieure ? Pour éviter tous les abus, nous laisserons l'initiative des propositions aux chefs de service et la décision aux conseils municipaux, placés eux-mêmes sous le contrôle permanent du suffrage universel. Il restera encore une· part d'arbitraire; mais c'est le sort de toute œuvre humaine. Actuellement l'ouvrier ne peut obtenir une augmentation de salaire qu'en luttant contre le patron qui a intérêt à la refuser, même quand il la sait justifiée. Dans la société collectiviste, les chefs de service et les conseils municipaux n'auront aucun intérêt à se montrer injustes. Des inspecteurs spéciaux apprécieront le mérite des ouvriers capables de passer contre-maîtres, des contre-maîtres capables de passer ingénieurs, des ingénieurs capables de passer directeurs. La base d'appréciation pour les chefs sera d'obtenir les meilleurs résultats

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