La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

L'APPLICATION DU SYSTÈME COLLECTIVISTE 199 De plus le oombre exagéré des ateliers individuels fait que chacun d'eux ne peut pas fabriquer par quantités suffisantes pour employer les outils spéciaux. qui pourraient augmenter le plus sa production. Ainsi la plupart des ateliers de construction mécanique fabriquent des moteurs à vapeur, à gaz, des machines de toute nature, de plusieurs types et de plusieurs forces. lis ne peuvent donc mettre en fabrication simultanément qu'un petit nombre de machines semblables; souvent même ils n'en fabriquent qu'une.à la fois d'un modele donné. Dans ces condi~ions, la fabrication est lente et coûteuse. Dans la société collectiviste, au contraire, chaque atelier serait spécialisé et fabriquerait exclusivement tel ou tel modèle; mais il en fabriquerait une grande quantité, et pourrait par conséquent se créer un outillage spécial et autom:itiquc qui réduirait le travail dans des proportions énorn1es. Autre considération importante : l'industrie :ictuelle recherche non la qualité, mais l'apparence de la qualité. Elle emploie le plus possible des matières premières inférieures; parfois même, pour donner plus de brillant à un article, elle le soumet ù des teintures ou apprêts qui le corrodent. Notre époque est celle de la camelote. Dans le vêtement et dans l'ameublement, il n'y :i aucune comp:iraison a faire, comme solidité et durée, entre les produits de l'industrie simple de nos grands-pères et ce que l'on 'fabrique actuellement. Une étoffe de mauvaise qualité peut cependant nécessiter autant de main.:d'œuvre que si elle était bonne, ou même plus quand l'infériorité de la matière premi~re exige des préparations spéciales. Or, si elle s'use deux fois plus vite, il faut le double de main-d'œuvre pour arriver a faire le même usage. La màin-d'œuvre ainsi gaspillée à faire de mauvaises marchandises, et que la société collectiviste épargnerait en ne fabriquant que de bons produits, atteint une importance très considérable. Voila pour la dilapidation des forces matérielles; nous allons en trouver une semblable dans les forces intellectuelles : absorbé par la lutte incessante contre la concurrence, obligé de conquérir péniblement sa place sur le marché, puis de la défendre contre ses rivaux, le chef d'industrie consacre la majeure partie de son temps aux questions financières et commerciales et néglige le côté technique de son affaire. Que d'améliorations il apporterait à la production s'il pouvait s'en occuper davantage ! Mais il ne peut être partout à la fois. Sous le régime collectiviste, le directeur d'un atelier n'a d':iutre préoccupation que celle d'accomplir le mieux possible la tâche qui lui a été assignée. Rien ne vient le troubler dans son travail. C'est le calme, dans la simplicité et dans la puissance, qui succède au surmenage, à l'agitation fiévreuse, aux soubresauts désordonnés de l'industrie actuelle. I I I

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