La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

172 LA REVUE SOCIALISTE III - L'OPINION FRANÇAISE Chaque fois qu'il s'est agi de mettre la main à l'œuvre pour abolir l'octroi, cet impôt progressif à rebours, on a reculé et l'on n'a pas osé y toucher. Cependant l'opinion est presque unanime à condamn~r cette déplorable institution, et à voir dans sa disparition, comme le disait déjà le préambule de l'édit de 1664 portant abolition ou réduction des droits de traite et autres, « le moyen le plus essentiel pour le rétablissement du commerce », et l'extension de la consommation. Comme John Bright, coopérateur de Cobden dans l'œuvre de la « réforme des lois céréales », personne n'est d'avis qu'il est plus agréable d'être volé d'une grosse somme sans que l'on puisse s'en apercevoir, que d'en payer une petite pour être à l'abri du vol. Presque tout le monde pense avec Turgot que « les octrois paraissent un mal en eux-mêmes, et qu'il vaudrait mieux supprimer entièrement cès taxes que de les réformer». Turgot ajoutait: « On croit faire payer les villes, et c'est en réalité faire payer les campagnes qui produisent les objets taxés. >> Inique, inégal, inquisitorial, immoral est apparu l'octroi à Ledru-Rollin, à Victor Hugo, comme à MM. Glais-Bizoin, Jules Grévy, Léon Say, à M. Méline lui-même, à nombre de publicistes et professeurs d'opinions diverses comme MM. Frédéric Passy, LeroyBeaulieu, Yves Guyot, Cauwès, Charles Gide, à M. Brelay lui-même, qui est le prototype de cet immense troupeau de gens qui sont unanimes à ne plus vouloir payer d'octroi, mais ne savent que harceler de critiques toutes les recherches de ressources équivalentes. Le principal argument des très rares partisans du maintien des octrois, comme M. Arnoux, est que les recettes de l'octroi servent à doter les services de !'Assistance publique, et qu'ainsi se trouve corrigé le défaut de proportionnalité de l'octroi, puisque les clas~es déshéritées sur lesquelles pèsent lourdement les taxes de consommation sont précisément celles qui sont .appelées à utiliser les bienfaits de l'Assistance. - Celui qui veut trop prouver ne prouve rien, surtout en l'espèce, ou il est facile de répondre d'abord qu'il est peu démocratique et très peu humain de prendre aux pauvres pour donner aux pauvres, de leur retirer de la main gauche ce qu'on leur donne de la main droite, et ensuite que le nombre des maladies et par conséquent des recours aux soins et deniers de !'Assistance publique diminuerait le jour où, par la suppression des tarifs d'octroi, pourrait s'aug-

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