LA PLATE-FORME tLECTORALE 73 sincères s'étaient trouves sépares et jetés d:ins deux camps opposés. li nous parut alors que le seul moyen de refaire l'union du p:irti républicain, c'etait de l'appeler a se grouper sur un progra111mc d'action, et de marcher en avant pour les réformes politiques et soci:ilcs. Malheureusement, cette vue si simple, si claire et si juste, les gouvernants de la troisième République ne la comprirent pas ou plutot ne voulurent pas la comprendre, et pendant quatre ans la législature de 1889 a 1893 se traîna vous Yous rappelez dans quelles ornières, donnant au pays le spectacle attristant de ces discussions de tarifs douaniers où, sous le couvert de l'intérêt général, se nouaient les marchés les plus scandaleux entre des coalitions d'intérêt pri,·é. Cette discussion ne prit fin que pour faire place aux scandales du Panama, symptomcs de l'agonie commençante du parti opportunist<:. Aux élections générales de 1893, le p:irti socialiste <:St entré c11 scene. Quelqu'un de nos amis vous dira cc qu'a fait le parti socialiste à la Chambre pendant les quatre ans et demi qui se sont écoulés. Penncttcz-111oi seulement de souligner un trait essentiel de son action. Son influence s'est exercée a la fois sur les partis \'Oisins et sur les partis hostiles. Certes, a aucun moment, nous n'avons passé de contrat d'aucun genre avec le ministère Bourgeois. Le parti socialiste l'a soutenu librement parce qu'il a cru qu'il était de son dc\'oir, de l'intérêt de la démocratie de le soutenir. Mais le seul fait que le parti socialiste apportait au parti radical au pouvoir l'appui de son vote, a imprime a ce ministère et a ses propositions un caractère de hardiesse qui n'a pas peu contribue:\ sa popularite. Malheureusement le ministerc Bourgeois n'a pas su tirer parti de cette force pour accomplir jusqu'au bout le devoir qui lui était impose par la confiance populaire. ( Applaudissemeu:s.) Mais cc n'est pas saulcment sur les partis voisins que le parti socialiste a exercé son influence. Il l'a excrcce ù un degré au moins égal sur les partis adverses. Pourquoi donc, depuis quatre ans, i tant .,. de reprises nos adYersaires ont-ils montre çettc sollicitude nou\'ellc pour les questions sociales, sinon parce que, se trouvant en face d'un parti ardent à la lutte, ne perdant aucune occasion de mettre en relief les iniquités de la société actuelle, ils ont compris la nécessité qui s'imposait à eux d'au moins paraitre se préoccuper de ces grandes questions qui les avaient jusqu'alors laissés si indifférents? Et si hier nous avons vu à la tribune de la Chambre M. Méline, après M. Deschanel, parler pour la première fois de ce petit prolétariat agricole, de ces ouvriers des champs qui n'avaient pas encore eu l'heur d'attirer l'attention des gouvernements et des législateurs, à gui le doit-un sinon à la parole ardente de Jaurès, a la dialectique incisive de Deville, sinon à -l'action même de ce parti socialiste qui, en prenant l'initiative de l'in-
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