La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

7H LA REVUE SOCIALISTE Dans la lutte parlementaire peu propre où tant de bas intérêts sont déchaînés, Gladstone sut rester bonnète, probe, à l'abri de tout soupçon. Son éloquence, chargée de magnétisme, captivait ses auditeurs. Dés qu'il entrait dans un débat, le niveau de celui-ci se trouvait rehaussé par le ton qu'il y apportait. Ses connaissances étaient presque uniYerse\les et c'est plutôt à un artiste italien de la Renaissan.::e qu'il pourrait ètre comparé qu'à tout autre homme d'Etat de n'importe quel pays. Cc n'ètait pas un spécialiste. C'était non seulement le plus éloquent orateur, également à son aise dans les petits discours que dans les grands, possesseur d'une voix sympathique, vibrante et pénétrante, instrument magique avec lequel il captivait la Chambre des Communes et les masses des meetings publics; c'était aussi un financier hors de pair qui sut le premier rendre intéressant un discours budgétaire; un helléniste consommé que les experts consultaient; un littérateur, un pamphlétaire, un théologien retors et convaincu. A l'université d'Oxford, où il avait fait ses études, il avait obtenu en en sortant le premier grand prix de mathématiques et celui de théologie. Il possédait une touche de don-quichottisme , c'est-à-dire un noble enthousiasme pour t1 réalisation de ses plans, une impulsivité généreuse dont il a donné des preu,·cs frappantes. Il y a quarante ans, il protestait énergiquem.;:nt contre le traitement barbare auquel étaient soumis les prisonniers napolitains; plus tard, il éleva sa puissante ,·oix contre les atrocités turques en Bulgarie, et tout récemment contre les atrocités du sultan en ..\rménie. Sa campagne en faveur de la Ho111e Rult' pour l'Irlande, engag<'.:e lorsqu'il avait atteint l'âge de 76 ans, est le plus bel exemple de sa générosité quichottique, de son courage éclatant, car il sut alors tenir tète au Parlement, et dans des .tournées restées célébres, non seulement aux passions déchaînées des lords et des landlords, mais à une assez grande section de son propre parti qui Je trahit en cette occurrence. Malgré cette triste défection, le vieux lutteur n'en persista qu'avec plus de courage dans une mesure à laquelle il s'était longtemps opposé mais qu'il défendit a,·ec une énergie merveilleuse quand il se fut convaincu par une étude attentive qu'elle était juste et réconcilierait l'Irlande opprimèe avec l'Angleterre oppressive. Enfin il eut cette simplicité, si rare chez les Anglais de sa classe, de dédaigner les titres honorifiques. Rien ne lui eût été plus'facile que de se draper, comme son rival Disraéli, dans un manteau de duc, mais sa bonhomie naturelle, sa modestie· géniale de même que son instinct démocratique, lui ont fait préférer rester M. Gladstone tout court. La démocratie lui en saura gré. Il est à remarquer aussi que ses fils et ses filles ne se sont pas mariés avec des membres de ce qu'on appelle la noblesse. 1 Mort d'Edward Bella111y. - Le fameux auteur de Looki11gBackward est mort à Chicopee Falls, Massachussctts, à l'âge de 49 ans, le 22 mai, trois jours après Gladstone. Lui aussi a bien mérité de l'humanité. Son livre fameux, qu'il publia en 1889, à l'âge de 38 ans, a été traduit en beaucoup de langues et a eu un succès immense. Ce succès est dû à ce qu'il a fait du socialisme concret, bien" plus aisément compris des prolétaires que le socialisme abstrait que les lettrés peuvent seuls apprécier et discuter.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==