La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LE PROBLtME DU PROGRtS ne sont ni exceptionnels, ni passagers. Ils s'accomplissent encore à l'heure présente à l'ombre de tous les drapeaux européens et nulle voix ne s' éléve pour les flétrir. Les armées permanentes n'ont pas en ces parages le monopole de la dévastation et de l'incendie, du pillage et de l'assassinat. Des compagnies commerciales les imitent, lorsqu'elles ne les surpassent pas, comme vient de le faire la Compagnie du Niger dont J. Pinnock signale les exploits dans le Joumal du Commerce de Liverpool. Cette société commerciale qui s'est transformée en société militaire poursuivant des guerres de grand chemin au moyen de canons Gateling et de fusils Metfort, « a fait massacrer un nombre immense de mahométans campés en dehors de la ville de Bida. Elle a fait brûler la ville populeuse d'Egga avec ses dix ou quinze mille habitants. Elle a fait cela pour des « raisons stratégiques » alors que, de mémoire d'homme, jamais un blanc n'a cté molesté par les habitants d'aucune de ces deux villes et que jamais ces derniers n'ont violenté la propriété de personne.» Laissez faire le capitalisme et, dans un siécle, la population autochtone de l'Afrique sera réduite à quelques millions de faméliques réfugiés dans les déserts du Sahara et du Soudan (1). Ce qui se passe de nos jours sur le continent africain s'est déja passé sur d'autres points du globe. Les deux Amériques ont été en quelques siècles dépouillées de la presque totalité de leur population aborigène. Plus de cinquante millions d'Indiens sont morts sous le fer des conquérants espagnols ou sur les bûchers qu'ils ont allumés. En vingt-cinq ans, au dire d'Herrera, la population d'Haïti tomba d'un million d'àmes à quatorze mille. Las Casas (1472-1566) évalue a douze millions le nombre des indigènes massacrés de son temps dans toute l'Amérique. Les Peaux-Rouges des États-Unis étaient encore 2 millions au début du dix-huitième siècle. A sa fin, ils étaient tombes à 500,000. Nous (r) Les Africains commenceraient-ils it acquérir ce que nos ouvriers ne possèdent encore qu'imparfaitement : la conscience de leurs véritables intérêts? On serait porté à le croire en présence de l'attitude que prennent certains pt:uples du Sud. Qu'on lise, par exemple, ces récentes déclarations du Président de la République d'Orange. Je les cite d'après l'incolore Correspondance publiée par ]'Agence Havas le 27 février 1898 : « Pendant la pose de la première pierre de l'Ecole industrielle, ce matin, Je Président de l'Etat libre d'Orange a condamné en termes sévères les politiciens sud-africains qui, dans le seul intérêt du capital, écrasent les classes ouvrières et fomentent les haines de races. Il a fait remarquer comment la meilleure partie de la Rhodesia a été partagée entre les capitalistes rendant le pays impraticable pour les petits colons. Il a terminé en disant qu'il vaudrait mieux détruire !'École industrielle que de devenir fes esclaves du capitalisme, »

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