La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

j08 LA REVUE SOCIALISTE Kulturkampf; et M. Burchard, le malheureux, avec l'histoire de l'idée de l'unité allemande. A Vienne, on ne fait encore que des conférences isolées. Le premier trimestre de 1898 en a compté vingt-trois. Sujets: principes généraux de l'anatomie, de l'astronomie, de l'électrotechnique; le Faust, Gœthe et Schiller, Napoléon, Ibsen, etc. Dans la même Yille et durant la même période, une association de professeurs de gymnase qui s'occupe exclusivement du public féminin, a donné dix conférences. Sujets: Kant; le cœur (en tant que viscère); la poésie parnassienne; la lumierc et les couleurs; le Faust; la littérature anglaise, etc. Nulle part ailleurs mieux que là ne se montre l'inconvénient capital des conférences isolecs. Quel fruit peut-on espérer de la condensation en une heure, YOire deux heures, d'énonciation, de matières aussi vastes que l'anatomie, l'astronomie, l'électrotechnique, l'optique, l'histoire d'une littérature aussi riche que l'est celle de l'Angleterre. L'auditeur n'emporte certes pas d'autre impression que celle reçue à la lecture d'un article d'encyclopédie: sur le moment, un chaos, et l'instant d'après, pas la moindre notion, hors peut-être celle de la migraine. A Prague, on donne beaucoup de conférences populaires. Mais la gloire passée et future, l'universelle et éternelle préexcellence de la patrie tchèque, en font tous les frais. On sait quelle peine les prolétariats germanique et slaYc, coalisés, de la Bohême et de la Moravie, ont à s'organiser au milieu de cc particularisme, obstacle aussi néfaste pour le progrès de la collcctiYité austro-hongroise, que l'est, pour le développcmCJ1t de la France, le moln-ement prétendu nationaliste. En Hongrie, point n'est question non plus de suggérer des iùées générales a la classe rroductrice. Le régime est féodal encore, et où trouYerait-on le loisir de l'amender, au milieu du permanent tohu-bohu entretenu par la bourgeoisie roumaine de Transylvanie et le clergé orthodoxe de Croatie, tous gens qu'empêchent de dormir les lauriers des élégants de Prague. Quelle distance n'y a-t-il pas entre l'état social des Magyars et celui de .leurs frères de race, les Finlandais ! Ceux-ci constituent, dans l'empire des Tsars, la seule agglomération vraiment civilisec, vraiment européenne ; les Polonais, pour pouvoir leur être comparés, ont été trop profondément corrompus par le catholicisme, et par l'organisation « latiniforme ,, qu'ils subissaient au temps de leur indépendance. Au Pays des Dix Mille Lacs, il n'est guère d'analphabets, même parmi les Lapons, que des écoles ambulantes traquent de campement en campement (r). La population entière est polyglotte avec une (1) Voir, notamment, R. Candiani : L'J,zstr11ctio11Publique m Fi11lande (dans la Revue Universitaire d'octobre 1892).

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