La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

- L'EXTENSION UNIVERSITAIRE appelle des « militants », c'est-à-dire ces hommes qui, n'ayant ni temps ni argent, trouvent '1e moyen de dépenser, pour la cause socialiste, énormément de l'un et de l'autre. Ce ne sont point, comme le voudraient les vaudevillistes et caricaturistes, ce ne sont point ces héres haillonneux et suintant l'alcool, ne proférant que trivialités et balourdises, s'imaginant candidement qu'un bon coup de pied suffirait pour effondrer d'un bloc le régime capitaliste, et un décret lapidaire pour ouvrir d'emblée une ère meilleure. Ce sont des travailleurs attachés aux professions où il faut une intelligence vive et même un rudiment de culture,,.;_par exemple, des typographes, des mécaniciens, des bijoutiers, des employés de commerce ou de chemins de fer. Et l'ivresse qui leur est le plus familière est celle de la lecture. Ils dévorent tout ce que les bibliothèques municipales oflrentd'ouvrages historiques. Ce n'est pas pour eux qu' cc écrivent » les feuilletonnistes, mais c'est grâce à eux que font fortune les éditeurs de vulgarisation scientifique par livraisons à bon_marché. De leur côté, les bourgeois évadés de leur classe pour se vouer à la propagande de nos doctrines, laissent aux antisémites, aux césariens, aux tenanciers de cercles catholiques, en un mot aux aboyeurs de toutes les démagogies, le culte des vocables nauséabonds et de l'argot, et le flegme de promettre que d'ici à cinq minutes on pourra prendre la lune avec les dents. Le prolétariat, ils le savent, est chaque jour plus conscient de l'abîme d'ignorance où on le maintient enlisé, et il lui déplaît que l'on daigne s'abaisser jusqu'à sa misère intellectuelle. L'égalité qu'il veut, c'est celle des sommets, et la faim de lumière le tourmente plus âprement encore que l'autre. C'est lui, certes, et non tel ou tel théoricien, qui a inscrit au programme de la démocratie socialiste l'éducation intégrale, le droit de tout être humain à recevoir, du patrimoine intellectuel de l'espèce, l'entière part dont est capable son cerveau. Pour imprescriptible qu'il soit, ce droit n'est reconnu aujourd'hui nulle part. Les pouvoirs publics, en Europe, Amérique et Australasie, ont bien assuré au petit bonheur l'universalité de l'enseignement primaire. Mais l'instruction secondaire, et à plus forte raison la supérieure, demeurent des privilèges de la classe possédante, même en cette Nouvelle-Zélande qui semble cependant la plus progressiste des nations contemporaines. Le gouvernement français subventionne - avec quelle mesquinerie, du reste ! - les cours et conférences du soir pour les adultes. Mais que deviendrait cette œuvre sans le dévouement et l'activité qu'y apporte l'initiative privée: Ligue de l'Enseignement, Société Polytechnique, Société Philotechnique, Société pour l'enseignement popu-

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