La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

PENSÉES DE TOLSTOI de vivre tout à fait égale. N'est-ce pas là l'esclavage, et le plus terrible! * * * Celui qui possede des esclaves a droit au travail de Pierre, de Jean et d'Isidore, mais le richard a droit au travail de tous ces inconnus qui ont besoin d'argent. * * * L'esclave antique savait qu'il était esclave de par la nature, tandis que notre ouvrier, se sentant esclave, sait qu'il ne devrait pas l'être et -c'est pourquoi il souffre le supplice de Tantale, toujours désirant et n'obtenant jamais non seulement ce qui pourrait lui être accordé, mais même ce qui lui est dû. Les souffrances des classes ouvrieres provenant de la contradiction entre ce qui est et ce qui devrait être, se décuplent par la jalousie et la haine qui résultent de la conscience de cet état de choses. * * * L'argent a le même but et les mêmes conséquences que l'esclavage. Son but, - c'est d'affranchir l'homme de la loi naturelle du travail personnel nécessaire à la satisfaction de ses besoins. * * * L'homme doit servir non seulement à son bien-être personnel, mais aussi à celui des autres. Cette loi naturelle a toujours été et est encore violée par des hommes. Les formes primitives de cette déviation de la loi furent d'abord : l'exploitation des êtres faibles, des femmes, par exemple; puis la guerre et la captivité ; l'esclavage vint ensuite et est remplacé maintenant par l'argent. * * * L'impôt est une forme de servitude, basée sur la faim. * * * Le fondement de tout esclavage est la jouissance du travail d'autrui. * * * Plus l'homme dépense d'argent, plus il est oisif, c'est-à-dire qu'il fait travailler davantage les autres pour lui. Moins l'homme dépense, plus il travaille.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==