• REVUE DES LIVRES ,. n'a que son cœur et son exemple à lui donner. Certes, clic aime ce parrain affectueux qu'elle sent si prés de son cœur. Mais quel exemple susceptible d'être suivi peut donner à une jeune fille de vingt ans un homme de soixante ans qui n'a dans la maison qu'une place d'ami. Il faudra donc prêcher, gronder, bouder. Son amour paternel ne pourra pas davantage s'exprimer en actes : le père légal est là, qui remplit son office à sa manière, une manière qui ne déplaît point à Claude puisqu'elle consiste à satisfaire tous ses désirs, à prévenir ses caprices et m0me à les suggérer. Tout cc que feront les1 paroles d'Henri, si profondément qu'elles soient allées au cœur de son enfant, les actes de Dominique Harlé le déferont à mesure. Elle se croira bonne parce qu'elle fait l'aumône aux mendiants et daigne visiter les ouvriers de son père blessés au travail. Elle n'apportera à aucun de ces actes de charité mondaine l'élan de cœur, l'allégresse à se donner, qu'essaie de lui enseigner Henri. Un auxiliaire vient à celui-ci en la personne de Maurice Desch.irs, ami d'enfance de Claude, qui a passé quelques années à courir les terres inconnues et qui donnerait son renom d'explorateur pour un sourire de celle qu'il aime en secret. Mais Maurice est un contemplatif, comme Henri. Ils luttent tant qu'ils pem·ent, avec leur cœur, contre la coalition mondaine qui se forme d'instinct pour retenir Claude. Claude, p,1r sa beauté, n'est pas seulement une ,iivante parure pour ce monde brillant, elle est encore et surtout par l'énorme fortune rt:aliséc par Dominique Harlé une ressource qu'il ne faut pas laisser èchapper. Une intrigante, la vicomtesse de Fourchamps, longtemps entretenue - par le richissime baron Oppert et finalement épousée par Harlé, conduit l'affaire. Elle s'est mis en tête de marier Claude à un de ses amants de passage, un jeune politicien mondain qui fait sa cour à peu près en ces termes : « - Mademoiselle, ce que j'aime en vous, c'est votre fortune. Ce que vous devez aimer en moi, c'est le relief que je saurai donner par ma haute situation à cette fortune qui mettra tout le monde à vos pieds. Associons ces deux forces et nous régnerons sur cc monde que vous aimez et qui vous aime. Si, plus tard, l'amour naît entre nous, ce sera du surcroît dont je serai heureux. » Ce langage de goujat bien élevé ne révolte pas Claude. Ces sentiments ne sont que trop les siens. D'ailleurs, Maurice, qui ne sait tout bêtemeny qu'aimer, n'a pas su se faire aimer. Il s'en retournera au fond de !'Extrême-Orient, et Henri, brisé de douleur d'avoir perdu sa fille, que le monde lui a prise, ira attendre la rfiort dans sa ruine de Puymaufray. J'aime ce livre, parce qu'aux fatalités de l'hérédité il oppose les victorieuses fatalités de l'éducation. Née de deux êtres exquis, Claude devrait suivre son père dans la voie qu'il lui indique. Elle ne le fait pas parce que le milieu l'a façonnée autrement et que Henri est impuissant contre le milieu. Qu'on me permette de citer deux épisodes à l'appui. Dans le premier, Harlé montre son usine à des Parisiens en visite : « Un bâtiment d'où s'échappaient d'âcres vapeurs se trouvait en dehors de l'itinéraire. « - Qu'est-ce donc, dit Deschars, et que se passe-t-il là-dedans? « - C'est le blanchissage des chiffons, répondit Harlé. Le blanchissage au chlore. L'odeur en est insupportable, et le gaz vous ferait 'tousser.
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