BAKOUNINE EN ITALIE EN 1864 601 Qui trompe-t-on ici? me demandais-je, comme Basile dans le Barbier de Séville.... Ou bien n'était-ce simplement qu'une complication iirntile qui, en fin de compte, eùt pu exercer une désastreuse influence sur la marche de toute cette affaire? Je me hâtai de finir mon déjeuner afin de sortir de ma fausse situation. J'allumai un cigare et me leYai de table pour me promener sur le pont. , Cependant Sgarellino restait toujours à sa place. Devant lui, à côté de son petit verre, apparut bientôt un carafon plein et je Yis un officier de service du bateau, qui semblait être des amis du major, occuper le siège que je venais de quitter. * * * A mon retour à Livourne, je trouvai pn télégramme m'annonçant que Magnani, chargé de l'embauchage à Mai:.seille, poursuivi par \a police, s'était vu dans l'obligation de renoncer à sa mission et de se sauver. Cependant, avec lui disparurent auss: les quarante mille francs des fonds polonais, dont il n'avait jamais rendu compte à personne. li se plaignit de Bordone, qu'il accusait simplement de menées malpropres. En effet, on sut plus tard qu'il avait recruté à Marseille deux ou trois g,rands gaillards qu'il avait vêtus de costumes extravagants. Entouré de ces hommes, il jouait dans les cafés-concerts au pirate d'operette. C'est au milieu de femmes galantes qu'il recevait les rapports de ses subordonnés auxquels il jetait sa bourse en criant : - Allez! sauvez-vous .... Mais, lorsque le préfet lui fit quelques observations sur ces rassemblements, il vit dans les paroles du préfet un avertissement. et prit la fuite. ' ' I Peu de temps après, survint une dépêche de Bordone lui-même dans laquelle il di~ait qué l'escroquerie ( c'était son propre terme) de Magnani le mettait dans· l'impossibilité absolue de mener à bien l'affaire pour laquelle il s'était engagé et que par conséquent il donnait sa démission .... A mon tour, je ne retrouvai pas Karp à Florence. Il était parti pour Messine ou une plus grande déception encore l'attendait. Le navire sur lequel il avait compté avait bien été envoyé; c'était le second, car le premier n1avait pu passer Gibraltar, faute de papiers nécessaires dont on avait oublié de le munir. La possibilité et la réussite de cette entreprise reposaient sur la rapidité· du bateau·; mais le croiseur qu'on lui avait envoyé à Messine n'était qu'une espèce de • \ - •
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