La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE vingtième, l'apport de science qui est son honneur, qui le demeurera dans la suite <les âges. Après, il n'aura qu'a se reposer, contemplant son œuvre et affirmant qu'elle est bonne. Il pourra affirmer, avec vérité et justice, avec la justice supérieure de la sereine vérité, que son œuvre aura été bonne, le sera durablement, parce qu'elle aura été, dans ses grandes lignes, sur ses purs sommets, une œuvre de vérité, de vérité cherchée et réalisée, non simplement rêvée, religieusement située dans l'idéal flottant infixé par delà les horizons. Son œuvre sera féconde parce qu'elle est, non seulement de vérité, mais de vérité humaine, et partant, de justice. Le dix-neuvième siècle s'est résolument engage sur la route du progrès que le dix-huitième lui montrait du doigt. Or, ce progrès dans le vrai et par le vrai, la scientifique marche en avant, toujours en avant, défrichant sans cesse le sol nouveau sur lequel devra reposer et se développer, vivre demain, c'est la loi des lois humaines. A l'idéal absolu, inaccessible, égarant, mille fois menteur, des religions forcément banqueroutières un jour, le dix-neuvième siècle a opposé l'idéal lui-même progressif, incitateur de vouloir sain et d'efforts fructueux: phare rayonnant, tout lumière, rien que lumicre, foyer de vie dans la clarté, au lieu de mourante lampe de _froid sanctuaire dont les autels sont des tombeaux, les mystères invariablement, au fond, des rites de morts. La science humanisée devait logiquement se socialiser et, en effet, le dix-neuvième siccle l'aura vue se socialiser, se faire toute i tous. Les religions, fatalement anthropomorphiques, font leurs dieux i l'image de l'homme. La science, par cette raison qu'elle est humaine, a pu, au contraire, pousser les hommes à se hausser à sa taille et ressemblance. Le verbe des chrétiens est fait chair; elle fait une chair verbe, . raison, intelligence. Elle n'est plus logos hypnotisant, mais parole active, parole-actio11. La science présente est la langue rationnelle qui permet à l'humanité de penser, autant que l'arme, l'outil, en qui résident sa force et son légitime espoir de mieux, de cc mieux constamment poursuivi, conquis, qui est sa raison d'être, si elle en a une, sur notre globe. Au total, notre siccle a porté le dernier coup, l'irrémédiable et irréparable coup de l'indifférence, à l'esprit théologique ou métaphysique ébranlé par les encyclopédistes, et leur a substitué pour jamais l'esprit scientifique. Il est arriYé à ce résultat par la découverte, l'exposé et l'emploi des méthodes positives, sans but polémique, par simple voie de conséquences; et c'est justement cela qui assure la durée à sa victoire, qui la rend définitive. La force des choses naturellement accomplies est en elle.

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