La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LE PROBLÈME DU PROGRÈS La victoire reste donc, non a l'oiseau le plus robuste individuellement, mais au plus fort socialement, à celui qui a le mieux pratiqué la solidarité. « C'est surtout dans les deux grandes familles des grues et des perroquets, dit Kropotkine, que nous pouvons constater les rcsultats les plus frappants de l'appui mutuel qui donne à l'individu la sccurité, les joies de la vie sociale et la possibilité de développer ses facultés intel lectuelles. « Les grues sont extrêmement sociables et elles vivent dans les meilleurs rappo1ts, non seulement avec leurs congéncres, mais aussi avec la plupart des oiseaux aquatiques. LcLU· prudence est vraiment merveilleuse; de même leur intelligence: elles saisissent en un instant les nouvelles conditions qui se présentent et elles agissent en conséquence. Leurs sentinelles montent toujours la garde autour des bandes qui sont en train de manger ou de dormir, et les chasseurs savent combie11 il est difficile de les approcher. Avec les espcces Yoisines, les grues contractent vraiment de l'amitié; et il n'y a pas d'oiseau, sauf cette autre espcce éminemment sociable, le perroquet, qui, en captivité, contracte avec l'homme une amitié aussi intime. La grue est constamment active dés l'aube du jour jusqu'à la tombée de la nuit, mais elle ne donne que quelques heures de la matinée a chercher sa nourriture, généralement Yégctalc. Le reste de la journée est donnée a la vie en société. Elle connaît la joie de vivre et, même seule, aime à jouer. Cette activité, cet amour des jeux, cette grâce et cette prudence sont évidemment des produits de la vie en société et on comprend de suite combien ces traits du caractére - produit du développement intellectuel - contribuent à leur tour à développer l'intelligence, à m:iintenir et à propager l'espèce. La pratique de la solidarité, la joie de vivre et la sécurité de l'espèce marchent ensemble. Le bonheur de l'individu et le bien-être de l'espèce font un. Puisqu'elle vit en société la -grue n'a presque pas d'ennemis à craindre. Géncralement elle atteint un âge trés avancé. Voici donc une espèce qui ne se maintient ni par sa force, ni par la rapidité du vol, ni par ses couleurs protectrices, mais simplement par sa sociabilité. Et il faut ajouter que cette espece est maintenue avec un minimum de dépenses pour !~élevage de la progéniture : la grue ne couve généralement que deux œufs par an. Quant à son intel- . ligence, il suffit de rappeler que tous les observateurs sont unanimes à dire qu'elle rappelle l'intelligence de l'homme. « Quant à l'autre groupe très nombreux d'oiseaux sociables, les perroquets, il occupe, on le sait, le sommet de l'échelle du monde ailé, grâce àla supériorité de son intelligence. « Hors la saison des amours, « les perroquets vivent en sociétés ou en bandes très nombreuses. Ils « se choisissent une demeure dans un endroit de la forêt et de là ils

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