La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

57° LA REVUE SOCIALISTE désarmés. Qu'une épidémie de charbon survienne dans un troupeau de moutons, c'est le hasard des rapports et de la contagion qui détermine le choix des victimes. Forts et faibles sont également exposés aux coups de l'ennemi. Les moutons les plus robustes n'ont pas plus de chances d'cchapper à l'envahissement du charbon que les hommes les plus forts, les plus intelligents ou les plus braves d'un régiment exposé à la mitraille d'une citadelle n'en ont d'échapper aux balles qui sillonnent l'air autour d'eux. » La guerre entre espèces et dans un petit nombre d'espèces, la guerre de tous contre tous existe chez les animaux comme chez les plantes et les minéraux. Leurs conséquences ont été fort diversement appréciées jusqu'à ce jour. Pour nous - et pour tous les observateurs sagaces du règne animal - la lutte pour l'existence est partout un facteur de régression organique. D'abord, est-elle aussi «universelle» que se plaisent à le proclamer certains darwinistes? Sans doute, a la saison des amours et en temps de disette, les représentants d'une même espèce se battent parfois pour la possession d'une femelle ou la conquête du vivre, mais en général, la paix existe au sein de chaque espèce. Les exceptions se comptent et prouvent d'une manière irréfutable que le combat pour la vie n'est nulle part un agent de progrès organique. Inconnu des espèces qui prospèrent, il est, chez les autres, la cause de maux incalculables. * * * Le caracthe régressif de la lutte pour l'existence,· nié par nos adversaires, a été établi par de nombreux naturalistes, par les plus éminents défenseurs- des théories darwinistes et par Darwin luimêmc. « Il est très probable que la•sélection naturelle prépare graduellement un individu pour une situation dans laquelle plusieurs organes lui seraient superflus ou inutiles», dit l'auteur de !'Origine des Espèces au moyende la sélection11at11relle (1859). « Dans cc cas, ajoute-t-il, il y aurait rétrogradation dans l'échelle de l'organisation. » C'est ce qui est arrivé à de nombreuses espèces. En voici quelques exemples que nous empruntons à Martins: « Un animal plongé constamment dans l'obscurité ne se dirige plus avec ses yeux, mais a l'aide du tact, dit-il ; alors les yeux diminuent de volume, s'enfoncent dans l'orbite, sont recouverts par la

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