La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

... LE PROBLtME DU PROGRtS Jetons un regard sur les régions circumpolaires. Elles ne sont peuplées que de végétaux rudimentaires : algues, champignons, mousses, lichens, arbres rabougris, etc. « Dans ses parties les plus favorisées, dit Saffray dans son Histoire de la Terre (1880), le voyageur découvre des bruyères, des nerpruns, des saule~. Mais ces végétaux ne forment ni des forêts ni des taillis; à peine peut-on donner le nom de buisson à cette \'égétation avortée. Il faut l' œil du botaniste pour reconnaitre le saule de nos campagnes dans cette plante ras de terre. Les plus grands atteignent seize centimètres : ce sont les géants de cc monde lilliputien. A la Nouvelle-Zemble, le saule polaire ne dépasse pas treize millimètres : la pOf.'\SSde'une année compreud cieux feuilles et un chaton! » Même spectacle dans les pays de montagne. Ici encore, la lutte des végétaux contre le froid les r~duit à des proportions infimes. Entre mille et deux milles mctres d'altitude, les plantes arborescentes se déforment. Au delà de deux mille cinq cents mèfres, on ne rencontre plus que de maigres cryptogames, des lichens et des mousses. Enfin de microscopiques infusoires atteignent seuls trois mille mètres. Le froid abâtardit tous les végétaux. Son action est d'autant plus active qu'elle s'exerce sur des plantes plus parfaites. • Les épines dont sont couverts certains végétaux condamnés à se défendre contre la nature ambiante témoignent de leur dégénérescence. « Les épines des arbres et des arbrisseaux sont des branches avortées, dit C. Martins dans son I11trod11clio11 à la P!Jilosophiezoologique de Lamarck. Sous l'influence d'un mauvais sol, de la sécheresse ou du voisinage affamant d'un grand nombre d'autres végétaux, elles restent courtes, dures et pointues. Transportez le prunier épineux d'une haie dans un jardin, cultivez-le, fumez-le, les épines s'allongeront sous forme de- rameaux feuillés, et il ne s'en produira plus de nouvelles. » Nous pouvons donc conclure que la lutte des végétaux contre le milieu cosmique leur est extrêmement préjudiciable. * * * La guerre que se font les plantes ne paraît pas leur être plus avantageuse. Bénéficiant de leur faiblesse et de l'exiguïté de leurs besoins, les plus rudimentaires croissent aisément _la où de plus robustes ne sauraient subsister. Dans les forêts, sous la voûte formée par les branches des grands arbres, rien ne croît, rien ne saurait se développer, si ce

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