560 LA REVUE SOCIALISTE Cc service, Darwin le fit payer fort cher. Sa théorie de la sélection naturelle par la concurrence vitale, transportée depuis dans la science sociale par Hreckcl, H. Spencer, Schmidt et tutti quanti, devint une arme entre les mains des défenseurs des privileges de la naissance et de la fortune. Examinons-la. I 1I La doctrine darwinienne sur la lutte pour l'existence devra, croyons-nous, disp3raître sous peu, et cela non seulement du domaine de la biologie, mais aussi de la sphère des études sociales où cette conception illusoire se montre de plus en plus nuisible aux véritables intérêts de la Science. E. uE RoeERTY. La Nature condamne tous les êtres à s'entre-tuer, disent les apologistes du slruggle for life. Les plus faibles, les moins bien doués sont exterminés par les plus forts, par les mieux développés. Ces derniers seuls laissent une progéniture héritiere des qualités qui leur ont assuré la victoire (r). La lutte pour l'existence est donc un facteur d'évolution organique. Autant d'affirmations, autant d'erreurs. La concurrence vitale n'assure pas la survivance des individus les plus robustes. La victoire n'échoit pas à ceux dont l'organisation est la plus parfaite. Aux qualités de l'ennemi, à ses incontestables supériorités, les plus faibles et les plus mal conformés opposent leurs (r) Les Darwinistes sont d'accord pour chanter les bienfaits de la lutte pour l'existence. Ils ne le sont plus lorsqu'il s'agit de se prononcer sur la question suivante: La Juliepour I'exislmce co11trib11e-t-elaleu perfectio1111e111deuntvai11queurou favorise-t-elle le t'ai11c1l 1 Pour les uns, la victoire est utile à ceux qui la remportent. Pour les autres, elle n'est bienfaisante qu'aux vainc11s. C'est. l'opinion de J. Rengade. ccA tout être qui se forme et qui. par consequent, prétend il l'existence, dit-il dans sa Créatio11 11altire//e (1883), l'implacable Nature pose ces conditions: il faut vaincre ou disparaître. Disparaître par la mort, - c'est la destinée du plus grand nombre, - ou se retirer de la lutte a la faveur d'un changement d'habitude et de forme qui permette de conserver la vie. Dans la formidable mêlée des espèces vivantes, il est donc des types élus ou choisis, auxquels l'existence est facile, et des êtres déshérités, condamnés à souffrir. Tandis que les espèces favorisées se reposent et s'attardent il jouir pleinement du bien- ~tre obtenu, stimulées par le besoin, les espèces vaincues travaillent, au contraire, sans relâche à se plier, à s'adapter à d'autres conditions de vie, et la récompense de ce labeur pénible est toujours un perfectionnement organique désormais acquis à la race, un progrès transmissible par hérédité. Constamment en marche quand les autres demeurent plus ou moins stationnaires, ces espèces, après de longues génerations, finissent il leur tour par avoir la prépo11dérance, et la conservent jusqu'à ce qu'elles soient supplantees aussi par des êtres plus parfaits. » A qui se fier, grand Dieu I a qui se fier ?... (
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