La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE Plutôt que de réagir, plutàt que de faire même une simple concmrence à ces compagnies qui ont, au reste, simplement suivi le conseil de M. Guizot : « Enrichissez-vous », l'on a préféré enrichir encore des étrangers, on a laisse'.: littéralement envahir ia France par des compagnies étrangéres d'assurances sur la vie. Et si l'on ne prend garde à la force d'accaparement immobilier des compagnies, la plupart des maisons de Paris seront, à bref délai, aux mains des compagnies d'assurances; car aujourd'hui :elles possedent d<'.:jàen immeubles plus que la valeur d'un arrondissement moyen de Paris. - Quant aux Yaleurs mobilieres qui pourrait en faire le dénombrement? Enfin, dans les entreprises d'assurances, moins que partout ailleurs, apparaît l'effort personnel du capitaliste porteur d'actions. L'effort de cc dernier est réduit à néant et les bénéfices énormes que laissent de telles opérations résultent uniquement de la différence entre la moyenne des risques et l'apport des primes versées par l'ensemble des assurés. De toutes les entreprises capitalistes, l'assurance est celle dont la socialisation paraît la plus légitime et tellement réalisable que, dés 1872 (voir l'Eco110111ist du 1°' juin 1872), un ministre des finances anglais, M. Lowe, declara que l'État seul devrait assurer. * * * Hélas! . ous n'avons aucun espoir que l'on s'attaque à cette énorme puissance financiere, dont tous les éléments sont aujourd'hui syndiqués. Bien qu'il n'y ait rien de chimérique dans le projet de création de caisses d'assurances publiques par l'action combinée de l'État, du Département et de la Commune, bien qu'ainsi l'on égaliserait mieux les risques et l'on procurerait au public le bénéfice de l'uniformité et de la réduction des primes, l'on ne Youdra pas enrayer ce scandale qui consiste à laisser des particuliers s'enrichir, au double détriment de l'État et des contribuables, par l'exploitation d'un service public mal assuré et <les bienfaits duquel sont exclues les classes inférieures. Mais inutile de discuter, puisque aussi bien l'on n'en arrivera à la taxe obligatoire d'assurance générale que lorsque le salut public l'exigera impérieusement, violemment. Cependant, les compagnies d'assurances vivent uniquement de la tolérance gouvernementale, tout comme les bureaux de placement. Et elles n'auraient le droit <le se plaindre, ni de la concurrence de l'État, ni de celle des communes, d'abord parce qu'elles sont suffisamment riches pour liquider sans pertes; et ensuite parce que encore une fois légalement elles ne sont que tolérées à titre précaire.

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