470 LA REVUE SOCIALISTE s'en empare et en prend occasion pour faire une charge à fond de scepticisme élégant contre l'enseignement classique, entendez l'enseignement du grec et du latin. Il avoue, ce qui est une coquetterie superflue de sa part, qu'il est incapable de déchiffrer une ligne de grec et de lire couramment une ligne de latin. Il n'a pas la superstitition de l'antique : il juge sans rire, cum grano salis, la sagesse :de Sarcey supéri,eure i celle d'Hotace, style compris. Il plaide donc pour les langues vivantes, mais il reconnaît, avec la même bonne grâce, qu'il n'en sait pas un mot. Alors? D'où sait-il qu'elles sont supérieures? Je voudrais soumettre à T.-W. Stead et à Jules Lemaître, par contre-coup, une expérience facile à faire : les langues vivantes (le groupe slave mis à part et les idiomes orientaux éliminés provisoirement) sont l'allemand et les langues du Nord, l'anglais, les langues néo-latines, italien, espagnol, portugais, romain; voudrait-on me citer un homme possédant médiocrement le latin qui ne puisse en quelques jours lire couramment les journaux italiens, espagnols, portugais et, mieux que les journaux, les grandes œuvres littéraires nationales, le Tasse, Dante, Cervantès, Camoens? Voudrait-on me citer un grécisant qui ne lise couramment les publications savantes de l'Allemagne? Je n'en tiens pas pour le grec et le latin, je suis obligé pourtant d'avouer que si je ne m'étais courbaturé comme Lemaître, sur un latin et un grec dits superflus, je ne pourrais pas, sans avoir jamais appris les langues vivantes à l'école, les lire pourtant et les traduire au besoin. L'étude des langues vivantes, quelle plaisanterie l On a du goût pour les langues vivantes ou mortes (qu'est-ce que la vie ou la mort en l'espèce?). Dans ce cas, on se rend maître, pour les besoins du moment, de l'essentiel. On n'a pas de goût, et que sert alors d'ânonner du Gœthe au lieu du Sophocle ou de !'Horace. Quant à la pratique, à la langue d'usage ( du pain, de la bière, une note d'hôtel, une lettre commerciale), c'est une plaisanterie plus amère encore. Il y a des nourrices, des garçons d'hôtel, qui nous en remontreront sur ce point. Ils sont pourtant incapables de lire le Times ou la Gazettede Cologne, ce qui est l'important pour un homme vraiment pratique. Croyez, mon cher Lemaître, que si on sait lire et écrire l'anglais et l'allemand, et l'italien et l'espagnol, on peut voyager avec fruit, et je ne sais que l~s « scolars » imbus de grec et de latin qui soient capables de ce tour de force familier. anglaise, une jeune fille qui est liée étroitement à la vieille Angleterre (1/,eold England) et qui souvent souffre de sa solitude? Elle ne désire pas apprendre une langue étrangère. Elle désire plutôt lier un lien d'amitié avec l'Angleterre. Sujets : religion, question sociale, politique et littérature. " Les lettres identiques abondent. La question s'élargit donc, comme nous l'avons toujours dit : il ne s'agit pas du mélange des langues mais du mélange des races. Tant mieux.
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