La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE nouveaux. A Vienne, aux élections municipales, ils furent plus heureux encore. Ils atteignaient le chiffre de 40 contre 97 libéraux élus. Une vive surexcitation, entretenue par les cercles féodaux, régnait dans les faubourgs de la capitale contre les juifs. Les passions, stimulées par l'ardeur de la lutte, devenaient tous les jours plus houleuses et plus menaçantes. Afin d'éviter des troubles, le président de la police viennoise prit des mesures énergiques contre les meneurs. Il ordonna la dissolution de la « fédération des corporations chrétiennes >>qui avait pris une part active aux derniéres élections et qui demeurait un foyer d'agitation. Le député antisémite Schneider était président de l'association. L'arrêté de dissolution portait : (< la fédération se livrait à des actes politiques que ses statuts lui interdisaient>>. On ne put prévenir ni les manifestations ni le pillage des magasins israélites. Ces troubles renaissaient à l'annonce de chaque succès du parti. Et les succès allaient grandissant d'année en année, jusqu'en 1895, ou les antisémites s'emparaient enfin du conseil municipal de Vienne. Sur r 38 sièges qui composaient cette assemblée, à peine si les libéraux en conservaient 54. L'année suivante (1896), aux élections partielles, les socialistes présentèrent une liste avec Adler, Pernerstofer, Ellembogen en tête. Pour la première fois, ils abordaient la lutte municipale à Vienne. La campagne fut telle de part et d'autre que chaque réunion dégénérait en bagarre. Ils n'eurent que quelques milliers de voix. Les chrétienssociaux, Lueger en tête, furent renommés aux 46 sièges à pourvoir (3 3,ooo contre 9,000 aux libéraux) par les collèges des petits contribuables. Dans le clan dit de l'Intelligence, ou l'on votait pour un même nombre de sièges vacants, les antisémites en enlevaient 32. Dans la curie des gros propriétaires, r 8 sur 46 leur échurent. Vienne et la Basse-Autriche leur appartenaient. La cour qui, jusqu'ici, s'était formellement opposée à la nomination de Lueger, ratifia la décision du conseil appelant son chef aux fonctions de bourgmestre de la capitale. * * * ; La résurrection a la vie politique de Schœnerer, ses attaques contre ses anciens amis, provoquérent une certaine démoralisation dans le camp antisémite. Beaucoup, qui n'avaient pas osé protester, entendirent l'écho de leur conscience dans les sévères paroles de leur premier chef. Ils avaient dû se plier aux exigences de la majorité, accepter l'alliance toujours plus envahissante des féodaux, qui peu à peu avaient fait dévier le mouvement du « terrain teuton )), faute impardonnable que Schœnerer critiquait amèrement. Les susceptibilités

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