La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LES SOCIALISTES ET LES PARTIS SOCIAUX EN AUTRICHE 4 55 campagne en vue des élections législatives de mars 1897. Ils avaient jeté leur dévolu principalement sur Vienne et le nord de la Bohême. La lutte dans la capitale fut des plus chaudes. Quatorze des leurs pénétrèrent au Reichsrath, dont sept envoyés par la Bohême. A Vienne, les cinq sièges restaient entre les mains des chrétiens sociaux. Adler lui-même était battu par un garçon de café antisémite. Les socialistes n'en recueillaient pas moins, dans la capitale, 90,000 voix contre I 20,000, à leurs concurrents. C'était un bon commencement. I I CORPORATIONS OUVRIÈRES Les ouvriers des grandes industries, acquis au socialisme dès la première heure, n'avaient pas songé tout d'abord à s'unir étroitement pour la défense de leurs intérêts corporatifs. Des syndicats existaient, par-ci par-là, sa·ns lien entre eux, partant sans influence. On avait parlé de fédérer les associations locales, mais les persécutions avaient fait reculer les plus hardis, sacrifiés p~r les patrons qui ne voulaient à aucun prix voir se coaliser les prolétaires. Avec le progrès du soci'!ï lisme, les travailleurs des trois grands pays d'Autriche résolurent de mettre un terme à cette déplorable sitution. Presque simultanément, les 1•r et le 2 mai 1890 s'assemblaient, pour la première fois, à Brünn, les tisserands; le mois suivant, ce fut le tour des mineurs et des métallurgistes. Les unions de cinquante-trois localités avaient envoyé à Brünn cent délégués, parmi lesquels dix femmes. Cinquante pour les tisserands de la Moravie, vingt-six pour ceux de la Bohême, huit pour ceux de la Basse-Autriche et six pour la Silésie. On reconnut qu'en présence de la condition politique du pays et de l'hostilité des dirigeants, on ne pouvait pas grouper en une vaste association les travailleurs des tissages et des filatures. Mais il y avait lieu de conserver les unions locales ou régionales et de créer entre elles un lien fédératif. Deux journaux professionnels, l'un en allemand, l'autre en tchèque, seraient édités, le premier à Reichemberg, le second à Brünn. Le x•r mai serait considéré comme jour férié et l'on se réunirait chaque année pour le fêter. Les mineurs et les métallurgistes ne tardèrent pas à imiter leurs camarades. L'exemple donné était fécond. En 1894, les corporations de l'Autriche convoquèrent une assemblée féminine à Vienne. On lisait dans la déclaration de principes qu'el!e adopta : « Pour éviter la dispersion des forces, les travailleurs devront s'organiser par industrie

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