La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA FAMILLE IDtALE 447 est un des plus retentissants exemples de sacrifice de la préférence personnelle à l'intérêt public. Ce sacrifice, une fille pauvre qui renonce à l'amour et accepte de faire un mariage riche pour assurer une vieillesse tranquille à ses parents, le renouveHe tous les jours et d'une maniére bien plus compléte; car elles sont rares, aprés tout, les femmes chez qui un premier sacrifice n'a pas développé la vertu d'aller jusqu'au bout dans la voie de loyauté et de dignité, tandis qu'on sait quelles revanches retentissantes et multipliées sut prendre l'inconstant époux de Thérése d'Autriche. Mais qui ne voit combien ces sacrifices sont, de nos jours, anormaux et, par un côté, immoraux. Dans l'état d'individualisme social ou nous vivons, ils ont toujours pour fin, non un bien social, tel que le maintien de la paix entre deux peuples, l'accroissement de puissance d'une famiJ!e utile à l'État, mais un bien personnel et passager. Ils donnent satisfaction à l'individualisme moral du plus fort, qui peut payer la jeunesse et la beauté d'une femme et par conséquent faire sa liberté de l'asservissement d'autrui. Ils assurent le pain à quelques vieillards, mais ce pain est arrosé des larmes de leur enfant. Ils ne l'ont pas vendue, comme font les errants affamés des déserts africains. Elle s'est vendue elle-même. La loi et les mœurs lui avaient donné la liberté, mais non les moyens de vivre libre. Elle a dû aliéner sa liberté sexuelle; elle l'a échangée contre unè servitude dorée pour elle et les siens. Elle a renoncé à un droit pour remplir un devoir; mais la société qui impose de tels devoirs, utiles seulement aux plus forts, est une société de barbarie et d'oppression condamnée à disparaître. EUGÈNE FOURNIÈRE. (A suivre.) 1

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